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	<title>mille plateaux &#187; écrivains</title>
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	<description>mémoire des lignes de fuite</description>
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		<title>une créature faite de matière</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Nov 2007 02:01:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[Je suis né en 1961. La science-fiction me passionne depuis mon plus jeune âge, et j’ai lu la plupart de ses classiques durant ma jeunesse. J&#8217;ai étudié les mathématiques à l’université et un peu flirté avec la réalisation de films amateurs, mais j’étais vraiment un mauvais réalisateur. J’ai fini par travailler comme analyste programmeur durant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20nov07/egan_radieux.jpg" alt="egan_radieux.jpg" /></p>
<blockquote><p>Je suis né en 1961. La science-fiction me passionne depuis mon plus jeune âge, et j’ai lu la plupart de ses classiques durant ma jeunesse. J&#8217;ai étudié les mathématiques à l’université et un peu flirté avec la réalisation de films amateurs, mais j’étais vraiment un mauvais réalisateur. J’ai fini par travailler comme analyste programmeur durant une bonne dizaine d&#8217;années. Depuis 1990, je suis écrivain à temps plein.<br />
Tout ce qui touche aux sciences me passionne, mais je pense que les sujets qui éveillent le plus ma curiosité se situent à l’intersection entre les domaines de la science et de la spéculation philosophique : des choses telles que la nature de l’expérience consciente et la nature fondamentale de la réalité. À mon avis, notre plus grande découverte de ces trois cents dernières années tient dans la prise de conscience que l’homme est une créature faite de matière, et que cette matière qui nous compose obéit aux mêmes lois physiques que n’importe quoi d&#8217;autre dans l&#8217;univers. Dans un sens, mon œuvre parle presque exclusivement de cela.</p>
<p>Réponse à la question « Pouvez-vous, en quelques mots, vous présenter à nos lecteurs ? », Entretien avec Denis Labbé, dans <em>Bifrost</em>, 45, janvier 2007, p. 138</p></blockquote>
<p>Le deuxième volume de l’intégrale des nouvelles de l&#8217;australien Greg Egan, l&#8217;un des plus passionnants auteurs de science-fiction d&#8217;aujourd&#8217;hui, vient de paraître sous le titre <em>Radieux</em> aux éditions du <a hreflang="fr" href="http://www.belial.fr/">Bélial</a>.</p>
<p>à voir en ligne :<br />
- <a hreflang="fr" href="http://gregegan.customer.netspace.net.au/">le site de Greg Egan</a><br />
- d&#8217;autres liens dans mon billet de l’an dernier sur le <a hreflang="fr" href="/post/2006/10/01/egan">premier volume de nouvelles</a>, <em>Axiomatique</em> (Bélial, 2006)<br />
et, sur <em>Radieux</em>, les critiques de <a hreflang="fr" href="http://livres.fluctuat.net/blog/26384-greg-egan-l-integrale-des-nouvelles-deuxieme-.html">Mille feuilles</a> et du <a hreflang="fr" href="http://www.cafardcosmique.com/Radieux-de-Greg-EGAN">Cafard cosmique</a>.</p>
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		<title>si la souffrance</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Nov 2007 00:10:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[citations]]></category>
		<category><![CDATA[écrivains]]></category>
		<category><![CDATA[michaux]]></category>

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		<description><![CDATA[Si la souffrance dégageait une énergie importante, directement utilisable, quel technicien hésiterait à ordonner de la capter, et à faire construire à cet effet des installations ? Avec des mots de « progrès, de promotion, de besoin de la collectivité » il fermerait la bouche aux malheureux et recueillerait l&#8217;approbation de ceux qui à travers tout entendent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20nov07/citta3.jpg" alt="citta3.jpg" /></p>
<p>Si la souffrance dégageait une énergie importante, directement utilisable, quel technicien hésiterait à ordonner de la capter, et à faire construire à cet effet des installations ?<br />
Avec des mots de « progrès, de promotion, de besoin de la collectivité » il fermerait la bouche <em>aux malheureux</em> et recueillerait l&#8217;approbation de ceux qui à travers tout entendent diriger. Tu peux en être certain.</p>
<p>Henri Michaux, <em>Poteaux d&#8217;angle</em> (1971, Poésie Gallimard, p. 20)</p>
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		<title>j&#039;aime pas les autres</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Sep 2007 01:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu&#8217;ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres. J&#8217;aime pas les autres. (p. 11) Pour moi, c&#8217;est une véritable révélation : il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre. Je serai écrivain. À partir de là, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/jacques_a_bertrand.jpeg" alt="jacques_a_bertrand.jpeg" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>
<blockquote><p>C&#8217;est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu&#8217;ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres. J&#8217;aime pas les autres. (p. 11)</p>
<p>Pour moi, c&#8217;est une véritable révélation : il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre. Je serai écrivain.<br />
À partir de là, après avoir bénéficié d&#8217;un mois de lecture intensive pour cause d&#8217;immobilisation forcée (il paraît que l&#8217;immobilisation forcée est à l&#8217;origine de la plupart des vocations d&#8217;écrivain), je vais prendre doucement l&#8217;habitude de me promener en touriste dans ma propre vie. Cela me jouera plus d&#8217;un mauvais tour. Mais je parviendrai presque toujours à en tirer quelque plaisir a posteriori, par une habile transmutation des choses et des êtres, y compris de l&#8217;auteur lui-même. (p. 38-39)</p>
<p>C’est tout les autres, ça. Jamais complètement d’accord avec vous. Toujours à s’efforcer de penser le contraire de ce que vous pensez. Par pure bêtise, si vous voulez mon avis. (p. 46-47)</p>
<p>Les autres ne se mettent jamais à la place des autres. (p. 77)</p>
<p>À la Grande École, je ne fus pas toujours très à l&#8217;aise non plus. Toutes les grandes écoles ont aussi un côté petite école. La vie en général pareillement, d&#8217;ailleurs. Encore aujourd&#8217;hui, j&#8217;ai l&#8217;impression de n&#8217;être jamais vraiment sorti de la petite école. Et les professeurs ne sont pas toujours à votre goût, les élèves non plus. Les filles continuent à se comporter de manière étrange. (p. 79)</p>
<p>Le service militaire, c’est que des autres. (p. 91)</p>
<p>Surtout pas devenir monarque ou président. Il faut être le dernier des crétins assoiffé de pouvoir et de falbalas pour postuler à de telles responsabilités. Le seul bon président serait quelqu&#8217;un qui ne voudrait pour rien au monde devenir président. Encore faudrait-il réussir à le convaincre. (p. 122)</p>
<p>Jacques A. Bertrand, <a href="http://www.laffont.fr/julliard/livre.asp?code=978-2-260-01719-6" hreflang="fr">J’aime pas les autres</a> (Julliard, 2007)</p>
</blockquote>
<p>Entre légèreté et gravité, entre roman d’apprentissage et récit autobiographique, l&#8217;auteur de <em>Tristesse de la Balance</em>, se veut « funambul(e) sans balancier, sur la corde de la <em>coincidentia oppositorum</em> » (p. 77).</p>
<p><a href="http://auteurs.arald.org/biogr/Bertrand1946.html" hreflang="fr">Jacques A. Bertrand</a> est né en 1946 à Annonay, en Ardèche, où il vit ; il est l&#8217;un des « <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture/emissions/papous/presentation" hreflang="fr">Papous dans la tête</a> » de l&#8217;excellente émission de Françoise Treussard sur France-Culture, dont les archives sont disponibles en ligne.</p>
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		<title>respectez les consignes</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Sep 2007 00:37:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous savons maintenant la presse et la télévision commençaient à marteler le monde devient chaque jour de moins en moins sûr soyez attentifs, limitez vos déplacements, respectez les consignes, ne vous laissez pas aller, nous ne pouvons compter que sur nous même (p. 39) Voilà le tableau il faut être réaliste, nous allons apprendre à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/zone_de_combat.gif" alt="zone_de_combat.gif" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>
<blockquote><p>Nous savons maintenant<br />
la presse et la télévision commençaient à marteler<br />
le monde devient chaque jour de moins en moins sûr<br />
soyez attentifs, limitez vos déplacements, respectez les consignes, ne vous laissez pas aller, nous ne pouvons compter que sur nous même (p. 39)</p>
<p>Voilà le tableau<br />
il faut être réaliste, nous allons apprendre à vivre avec IL FAUT ÊTRE RÉALISTE<br />
c&#8217;est<br />
notre mode de vie et nos lois<br />
nos principes<br />
nos valeurs communes<br />
intimement partagées<br />
c&#8217;est<br />
notre existence décontractée<br />
nos barbecues ensoleillés (photo)<br />
nos familles recomposées (photo), qui se trouveront alors<br />
comme ça<br />
au hasard<br />
pulvérisés<br />
vaporisés<br />
annihilés<br />
qui partiront en fumées brunes et sales (photo) dans le ciel clair et calme de nos fins d&#8217;après-midi (photo) et parfois de nos débuts de matinée, aux heures de pointe (photo), toujours des images épouvantables de dévastation (photo) provoquent le maximum de dégâts<br />
qui pourront heurter<br />
qui pourront sérieusement perturber les esprits les plus fragiles vous avez compris<br />
IL VA FALLOIR S&#8217;ACCROCHER<br />
il va falloir s&#8217;y faire maintenant, il va falloir vivre avec, c&#8217;est ça vous ne seriez pas là sinon.</p>
<p>IL FAUT NOUS PRÉPARER. (p. 61-62)</p>
<p>Voilà.<br />
Nous y sommes maintenant.</p>
<p>Nos perspectives de survie ne sont plus garanties.<br />
Dans l&#8217;air climatisé, nous respirons doucement<br />
nous essayons de garder notre souffle.<br />
Nous nous économisons.</p>
<p>Bien à l&#8217;abri dans les étages supérieurs<br />
nous surveillerons régulièrement<br />
l&#8217;évolution des indicateurs de croissance<br />
les dernières projections démographiques<br />
la courbe des taux de suicide.<br />
Nous constaterons<br />
l&#8217;effondrement de la fécondité.</p>
<p>Nous réévaluerons chaque jour ou presque le terme probable de notre disparition<br />
finale et définitive.</p>
<p>Nous passerons des heures entières<br />
à étirer nos bras morts<br />
à masser nos mains froides et nos yeux infectés.<br />
Nous ferons des efforts immenses pour nous ranimer.</p>
<p>Nous reprendrons nos exercices<br />
nous multiplierons les déplacements.</p>
<p>Nous ferons des efforts immenses<br />
pour ne pas céder à la panique.</p>
<p>Bien à l&#8217;abri dans les étages<br />
nous essaierons de ralentir le processus<br />
nous maintiendrons un semblant d&#8217;activité.<br />
Les colonnes de fumée noire ne cesseront pas de s&#8217;élever vers les nuages.<br />
Bien à l&#8217;abri dans les étages<br />
nous ressentirons le souffle des détonations. (p. 131-132)</p>
<p>C’est ça<br />
Maintenant<br />
Nous savons<br />
Maintenant<br />
C’EST IRRÉPARABLE</p>
<p>Nous nous éteindrons. (p. 139)</p>
<p>Hugues Jallon, <em>Zone de combat</em> (Verticales, 2007)</p>
</blockquote>
<p><a href="http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=264&amp;rubrique=3" hreflang="fr">Zone de combat</a> est composé d&#8217;une série de séquences poétiques sur la peur qui aujourd’hui nous anime et nous fait courir, une peur qui est tout à la fois consolée et amplifiée par les injonctions et recommandations qui nous cernent, les thérapeutes, les coachs et les sectes qui s’efforcent de nous prendre en main.</p>
<p>Né le 13 juin 1970, Hugues Jallon est directeur éditorial des éditions <a href="http://www.editionsladecouverte.fr/" hreflang="fr">La Découverte</a>. Il est déjà l’auteur de <a href="http://www.passant-ordinaire.com/auteurs/auteur_243.asp" hreflang="fr">La Base. Rapport d’enquête sur un point de déséquilibre en haute mer</a> (éditions du Passant, 2004).</p>
<p>On peut lire en ligne, deux articles critiques sur <em>La base</em>, de <a href="http://www.passant-ordinaire.com/critiqueBase.asp" hreflang="fr">Chloe Delaume</a> et de <a href="http://remue.net/spip.php?article585" hreflang="fr">Guénaël Boutouillet</a> (<em>remue.net</em>), et <a href="http://www.vacarme.eu.org/article644.html" hreflang="fr">d&#8217;autres extraits</a> (<em>Vacarme</em>).</p>
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		<title>compatible avec l&#039;enfance</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Sep 2007 00:07:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[Déporté sur la gauche de l&#8217;esplanade (en son milieu dans le sens de la longueur), se trouve un élément fondamental de son décor : la bouche de métro qu&#8217;a conçue l&#8217;artiste français Jean-Michel Othoniel. Jean-Michel Othoniel est un artiste de réputation internationale dont les œuvres, des installations in situ pour la plupart, baroques, féeriques, cristallines, colorées, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/othoniel_palis_royal.jpg" alt="othoniel_palis_royal.jpg" style="float:left; margin: 0 1em 1em 0;" /></p>
<p>
Déporté sur la gauche de l&#8217;esplanade (en son milieu dans le sens de la longueur), se trouve un élément fondamental de son décor : la bouche de métro qu&#8217;a conçue l&#8217;artiste français Jean-Michel Othoniel. <a href="http://www.galerieperrotin.com/artiste_.php?id_=113&amp;&amp;nom_=Jean-Michel%20Othoniel&amp;&amp;dossier=Jean-Michel_Othonielhttp://www.galerieperrotin.com/artiste_.php?id_=113&amp;&amp;nom_=Jean-Michel%20Othoniel&amp;&amp;dossier=Jean-Michel_Othoniel" hreflang="fr">Jean-Michel Othoniel</a> est un artiste de réputation internationale dont les œuvres, des installations <em>in situ</em> pour la plupart, baroques, féeriques, cristallines, colorées, sont confectionnées avec un matériau prépondérant : le verre. J&#8217;aime beaucoup cet artiste. Il crée des colliers gigantesques qui s&#8217;entremêlent aux branches des arbres. La bouche de métro qui se situe sur l&#8217;esplanade se trouve être habillée d&#8217;une structure granulaire dont la forme rappelle celle, évidemment, d&#8217;une <em>couronne</em>, mais également, et c&#8217;est de cette manière que je préfère l&#8217;interpréter, d&#8217;un <em>carrosse</em>. C&#8217;est quelque chose entre la <em>couronne royale</em> et le <em>carrosse royal</em> : une superposition de ces deux motifs symboliques. Les deux coupoles de cette structure sont constituées d&#8217;un ensemble de grosses perles colorées : rouges, jaunes, indigo et bleu ciel, séparées les unes des autres par des disques et épisodiquement par des boules du même métal bosselé que la balustrade. Les coupoles de Jean-Michel Othoniel ne possèdent pas le sérieux géométrique, dogmatique, épiscopal, du Duomo de Filippo Brunelleschi, ni ne font écho aux théories de l&#8217;harmonie architecturale édictées par Leone Battista Alberti dans son célèbre <em>De Pictura</em> (1435). Leone Battista Alberti arrive un peu trop tôt dans mon intervention car sinon il m&#8217;aurait fourni une transition de rêve pour aborder certaines considérations essentielles sur l&#8217;espace du tableau (et depuis le point géométrique que j&#8217;y occupe l&#8217;esplanade du Palais-Royal n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;un espace pictural géométrique où règne en maître la perspective), et notamment ce concept qu&#8217;il appelle l<em>&#8216;historia</em>. Mais je poursuis. Le dessin des coupoles les rend douces, mignonnes, malicieuses, semblables à ces images dont les enfants aiment s&#8217;imprégner avant de s&#8217;endormir, des images dont le merveilleux résulte d&#8217;une simplification attendrissante de la réalité, altération qui vise à rendre celle-ci inoffensive, compatible avec l&#8217;enfance. Telles sont les deux coupoles de Jean-Michel Othoniel : coupoles dont le déni d&#8217;elles-mêmes et du principe mathématique qui les sous-tend les rapproche de nos désirs les plus enfouis de <em>relâchement</em> et de <em>consolation</em>. Dans le même registre, la balustrade de la bouche de métro, dont j&#8217;ai dit qu&#8217;elle était faite d&#8217;un métal mat, gris, bosselé, a l&#8217;air de se refléter à la surface d&#8217;un vieux miroir ou d&#8217;un plan d&#8217;eau. De ce fait, dans sa tremblante fragilité de reflet ou de mémoire ancienne, c&#8217;est l&#8217;époque immémoriale du conte de fées, ce sont les temps lointains et irréels, insituables, de <em>Cendrillon</em>, de <em>Peau d&#8217;Âne</em> ou de <em>La Belle au bois dormant</em> que la facture de l&#8217;édifice fait circuler dans sa présence, laquelle ne peut que propulser l&#8217;imaginaire de chacun dans l&#8217;atmosphère du conte de fées telle qu&#8217;elle subsiste dans sa constitution psychique. (…) Autre chose encore. J&#8217;ai oublié de préciser que la balustrade est alvéolaire et que quelques-uns des orifices sont comblés (le mot <em>comblé</em> est ici merveilleux car on peut dire que la présence de cette œuvre de Jean-Michel Othoniel comble en moi tout un tas de désirs immémoriaux) par des éléments du même verre coloré que les grosses perles qui ponctuent les coupoles. Et chacune de ces pièces semble une réponse (maternelle) (rassurante) (autorisée) qui vient combler une interrogation (une peur) (un vertige) enfantine (avant de s&#8217;endormir : <em>Pourquoi ?</em>). Et chacune de ces pièces vient donc élucider le trou béant d&#8217;une énigme et la remplir de sens : et la remplir de tendresse. Comme on le voit, mesdames messieurs, amis des antipodes, je redeviens un enfant toutes les fois que je contemple durablement le carrosse du Palais-Royal.</p>
<p>Éric Reinhardt, <em>Cendrillon</em> (Stock, 2007, p. 257-259)</p>
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		<title>la légèreté vexante d&#039;une fugitive</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Sep 2007 00:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[(&#8230;) elle n&#8217;en demeure pas moins comme d&#8217;habitude insaisissable et mouvementée, disparaissant dans les étages avec la légèreté vexante d&#8217;une fugitive. Je précise que ma voisine du quatrième appartient à cette catégorie d&#8217;individus qui ne s&#8217;expriment jamais qu&#8217;en s&#8217;éloignant &#8211; comme le font si bien les P-DG avec leurs subalternes dans les couloirs des entreprises. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/.cendrillon2_m.jpg" alt="cendrillon2.jpg" /></p>
<p>(&#8230;) elle n&#8217;en demeure pas moins comme d&#8217;habitude insaisissable et mouvementée, disparaissant dans les étages avec la légèreté vexante d&#8217;une fugitive. Je précise que ma voisine du quatrième appartient à cette catégorie d&#8217;individus qui ne s&#8217;expriment jamais qu&#8217;en <em>s&#8217;éloignant</em> &#8211; comme le font si bien les P-DG avec leurs subalternes dans les couloirs des entreprises. Elle est donc l&#8217;inverse exact de la chose inamovible, le contraire du réfrigérateur, un insecte, un éphémère occasionnel et affolé. Aucune tactique n&#8217;est susceptible de l&#8217;arrêter, obstruction, salut jovial, questionnement appliqué, phrase conséquente qui postulerait comme une civilité élémentaire un début de conversation. Quelles que soient les circonstances, elle donne le sentiment d&#8217;avoir été électrisée par l&#8217;imminence d&#8217;un rendez-vous énigmatique, de fomenter quelque aphorisme urgent qu&#8217;il faudrait qu&#8217;elle transcrive au plus vite &#8211; avant qu&#8217;il n&#8217;ait été dilapidé par l&#8217;imprudence d&#8217;une conversation centrifuge dans l&#8217;ascenseur, au pied de l&#8217;escalier, devant la loge de la concierge. (&#8230;)<br />
Observant ce sourire fixe qui n’est pas un sourire mais comme la marque d’une étrange appartenance, l’idée me monte cerveau qu’elle se tient parmi ses semblables avec la même réserve aristocratique que les <em>chiffres premiers</em>, recluse, déifiée, inconciliable, isolée à jamais. (p. 11 et p. 13)</p>
<p>Que m&#8217;importe de bien écrire ? Quel sens cela a-t-il de bien écrire ? On me dit : <em>Épouvantablement mal écrit</em>. Quel sens cela a-t-il ? Qu&#8217;est-ce que cela veut dire ? Avec <em>Le moral des ménages</em>, ce que je cherchais, c&#8217;était la violence, l&#8217;énergie, la brutalité délinquante d&#8217;Eminem. Voilà quel était mon modèle, mon désir, mon horizon, ma jalousie, ma référence indépassable : Eminem. Atteindre à cette puissance, à ce phrasé, à ces rythmes, à cette hostilité, à cette sincérité, à cette pure énergie. Quand Eminem se met à hurler : je voulais faire hurler mes phrases. Comment fait-on pour faire hurler une phrase ? J&#8217;ai travaillé pendant des mois à faire hurler des phrases. Et on me dit : <em>Épouvantablement mal écrit</em>. Le mot énergie. Au sens où peut l&#8217;entendre Preljocaj quand il s&#8217;adresse aux danseurs : <em>Vous êtes dans le dessin Vous êtes dans la dentelle ! Allez chercher le mouvement le plus loin possible ! Peuvent-ils entendre cela les équivalents du personnage B ? Aller chercher le mouvement le plus loin possible !</em> (p. 504)</p>
<p>C&#8217;est pourtant d&#8217;une simplicité biblique. C&#8217;est pourtant d&#8217;une justesse irréfutable. Je suis obligé, de par mon extraction, de par les frustrations que je retire de la réalité, de me transcender dans une forme. Écrire, pour moi, depuis toujours, c&#8217;est inventer une forme il est exclu de me mettre à ma table si une forme qui lui serait constitutive ne s&#8217;est pas imposée à moi en même temps que l&#8217;intuition d&#8217;un livre. C&#8217;est toujours la même histoire : la quête d&#8217;un <em>ailleurs</em> et d&#8217;un <em>absolu</em> (qu&#8217;ils soient artistiques, existentiels ou amoureux) (même si cette quête est par nature illusoire: c&#8217;est mon moteur et ma douleur) par lesquels je serais susceptible de me supplanter et de m&#8217;affranchir de mon état : <em>aller ailleurs</em>. Adolescent, quand j&#8217;ai commencé à me penser écrivain, je percevais le chef-d&#8217;oeuvre que je rêvais d’écrire comme une sorte d<em>&#8216;au-delà</em> dont je redoutais terrifié qu&#8217;il me demeure inaccessible : c&#8217;est cet ailleurs, cet au-delà, cet autre règne, cet ordre ultime auquel j&#8217;aspire à accéder que manifestent les juridictions intransigeantes que j&#8217;élabore, qui dépassent ma simple substance de rêveur impénitent. D&#8217;où la peur, d&#8217;où le Maalox, d&#8217;où le Spasfon, d&#8217;où le Xanax, d&#8217;où mes paniques, d&#8217;où mes atermoiements, d&#8217;où les angoisses qui m&#8217;emprisonnent quand je m&#8217;installe à ma table pour écrire, car naturellement l<em>&#8216;absolu</em> que je convoite, l<em>&#8216;ailleurs</em> auquel je me destine sont par nature inaccessibles, inconcevables, incommensurables, et par là même d&#8217;une puissance intimidatrice qui me tétanise. (p. 506-507)</p>
<p>Éric Reinhardt, <em>Cendrillon</em> (Stock, 2007)</p>
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		<title>comme de plaisants propriétaires terriens</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Sep 2007 00:50:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[M’ont fait rire notamment (tout décrivant des mécanismes très justes qu’enfant moi-même d’une classe très moyenne j’ai souvent ressentis) les morceaux de bravoure sur la lutte des classes en littérature, à propos desquels Éric Reinhardt dit dans un entretien : « Comme j’aime pratiquer l’art de l’exagération, j’ai développé l’idée d’un complot contre l’émergence des écrivains issus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>M’ont fait rire notamment (tout décrivant des mécanismes très justes qu’enfant moi-même d’une classe très moyenne j’ai souvent ressentis) les morceaux de bravoure sur la lutte des classes en littérature, à propos desquels Éric Reinhardt <a href="http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-949218,0.html?xtor=RSS-3260" hreflang="fr">dit dans un entretien</a> : « Comme j’aime pratiquer l’art de l’exagération, j’ai développé l’idée d’un complot contre l’émergence des écrivains issus de la classe moyenne. Tout en m’amusant de cette exagération, je pose la question du sectarisme et du repli sur soi de cette bourgeoisie intellectuelle de gauche ».</p>
<p><img src="/public/images%20sept07/cendrillon3.jpg" alt="cendrillon3.jpg" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>
<blockquote><p>Je propose à Marie-Odile Bussy-Rabutin de bien vouloir se livrer à une petite expérience de laboratoire en postulant l&#8217;existence de deux personnages théoriques : le personnage A (par exemple moi) et le personnage B (par exemple ladite Tiphaine de l&#8217;autre jour). (&#8230;) Postulons le soir. Postulons l&#8217;automne. Postulons novembre. (&#8230;) Le personnage A et le personnage B ont chacun dix-huit ans. Le personnage A et le personnage B vont au théâtre du Rond-Point, au bas des Champs-Élysées, voir <em>Les Exilés</em> de James Joyce. Le personnage A a vécu une semaine assez atroce. Il est en classe préparatoire à HEC au lycée Jacques-Decour et un certain nombre de devoirs sur table se sont succédé cette semaine (histoire, philosophie, mathématiques) qu&#8217;il a la conviction d&#8217;avoir ratés. Le personnage A a peur de la vie. Le personnage A ignore ce qu&#8217;il va devenir. Le personnage A ne veut pas devenir comme son père. Le personnage A, arrivé en avance aux abords du théâtre, s&#8217;assoit sur un banc non loin d&#8217;une fontaine imposante, sous les arbres d&#8217;une allée. Le personnage A a décidé d&#8217;aller seul au théâtre. Le personnage A se laisse malmener par le vent qui tourbillonne. Le personnage A lève les yeux vers le ciel et y voit de nombreux nuages lourds qui avancent à toute vitesse dans la même direction. <em>Je vous prie de bien vouloir mémoriser ceci ma chère Marie-Odile Bussy-Rabutin : la ligne droite des nuages coupe obliquement les Champs-Élysées : ce désaxement du ciel par rapport à la géographie urbaine plaît beaucoup au personnage A</em>. Un tumulte extraordinaire environne le personnage A : vacarme du vent, violence physique des tourbillons, branches noires qui remuent, papiers et sacs plastique qui volent. <em>Violence : étreinte et insistance devrait-on dire : le personnage A sent sur son corps la physicalité du vent</em>. Le personnage A est terrorisé. Le personnage A vient de paniquer. Assis sur une banquette du métro pour se rendre au théâtre, oppressé, au bord des larmes, le personnage A s&#8217;est mis à voir la vie en noir. Je pose alors à Marie-Odile Bussy-Rabutin un ensemble de questions : <em>Quel est son avenir ? Va-t-il se retrouver, devenu adulte, sans diplôme, sans appuis, sans argent, dans une annexe sordide du monde contemporain ? Il est seul. Il ne peut compter que sur lui-même. Ses parents ne peuvent lui être d&#8217;aucune utilité. Il lui suffit de regarder le visage de sa mère pour s&#8217;engloutir en lui-même dans l&#8217;angoisse la plus profonde. Il suffit qu&#8217;une pensée où son père serait englobé (tel un cosmonaute dans une capsule spatiale) lui traverse l&#8217;esprit une seconde (le ciel de son esprit) pour qu&#8217;un frisson instantané, cosmique, réfrigérant, lui parcoure l&#8217;épine dorsale. Et quand bien même il réussirait ses études, que ferait-il de sa vie ? Travailler dans une banque ? Travailler dans la finance ? Travailler dans le marketing ?</em> Le personnage A est un exilé, un apatride, un orphelin, une entité détachée : nulle terre hospitalière ne se propose de l&#8217;accueillir. Le personnage A entrevoit son avenir comme un monumental désastre. Le personnage A repense un instant à son enfance et cette pensée ne fait que renforcer cette perception qu&#8217;il peut avoir de son avenir. Le personnage A enfouit ses mains gantées dans les poches de son manteau et continue de regarder le ciel. Quelque chose dans ce spectacle des nuages noirs qui circulent à toute vitesse selon un axe inflexible le rassure et l&#8217;apaise. Un flash métaphorique illumine son esprit. Il semble au personnage A que les nuages sont animés par l&#8217;énergie d&#8217;une détermination inexorable : élan massif de tout le ciel par-delà la stratosphère urbaine. <em>Marie-Odile Bussy-Rabutin : le personnage A se dit qu&#8217;il est</em> là-haut <em>et non pas</em> ici-bas. Le personnage A éprouve l&#8217;ivresse de se sentir dans un rapport de complicité analogique avec la vitesse et l&#8217;obliquité des nuages. Il se dit qu&#8217;il sera sauvé par quelque chose de comparable à ce qui pousse le ciel avec une telle vitesse et selon un axe aussi déterminé. Une puissance. Une force intérieure. Le hasard et la chance. Le désir et la volonté. Une puissance et une force qui renverseront les obstacles : <em>Nul obstacle n&#8217;interrompt la course de ce ciel sombre et mouvementé</em>. (&#8230;) Le personnage A regarde sa montre : dix-neuf heures trente. Le personnage A se lève et se dirige vers le théâtre du Rond-Point. James Joyce, à l&#8217;égal des nuages, est quelque chose qui le porte également. James Joyce, à l&#8217;égal des nuages, qui ne sont pas seulement un banal phénomène climatique, n&#8217;est pas seulement une banale référence culturelle, un <em>super-écrivain qu&#8217;il faut lire, un monument de la littérature</em> sur lequel un nombre incalculable de gloses sont publiées chaque année. C&#8217;est vital : cela sauve le personnage A du désastre. Le personnage A ignore de quelle manière cela fonctionne pour les autres &#8211; par exemple pour les étudiants en lettres ou pour les jeunes bourgeois de gauche qui l&#8217;ont lu à huit ans. Ce qu&#8217;il sait, le personnage A, ce qu&#8217;il sait de l&#8217;intérieur, c&#8217;est que James Joyce l&#8217;a sauvé : c&#8217;est que James Joyce l&#8217;a accueilli quelque part où il se sent vivant et mélodieux : <em>James Joyce lui donne l&#8217;envie de continuer à vivre</em>. Et c&#8217;est donc avec une étrange ferveur que le personnage A pousse à présent les portes du théâtre du Rond-Point : <em>Lui qui est athée, ma chère Marie-Odile, agnostique, et qui le sera toute sa vie, il se prépare à quelque chose de sacré. Il se rend ce soir-là au théâtre, pour rejoindre l&#8217;univers de James Joyce, comme un chrétien irait à la messe</em>. Qu&#8217;en est-il à présent du personnage B : <em>Êtes-vous d&#8217;accord pour observer le comportement du personnage B ?</em> Le personnage B vit à Paris depuis qu&#8217;il est né. Le personnage B a été élevé dans une bibliothèque : la bibliothèque paternelle. Le personnage B est la fille d&#8217;un homme cultivé, élaboré, abouti, raffiné, de gauche. Le personnage B a toujours vu cet homme qui est son père comme un homme important empreint de dignité. Le personnage B habite à Paris un grand appartement des beaux quartiers. Le personnage B, depuis la maternelle, fréquente un certain nombre de ses semblables, destinés par la hauteur de vue de leurs parents au même type d&#8217;accomplissement. Le personnage B travaille bien à l&#8217;école. Le personnage B lit Proust à dix ans, Faulkner à onze, Woolf à douze, Céline à treize. Et puis ça s&#8217;accélère le personnage B prélève compulsivement dans la bibliothèque des chefs-d&#8217;œuvre absolus qu&#8217;il ingurgite en peu d&#8217;années. Le personnage B n&#8217;a pas été sauvé à dix-sept ans par James Joyce : le personnage B a lu James Joyce à douze ans : <em>James Joyce lui appartient légitimement</em>. La littérature circule dans l&#8217;atmosphère au même titre que l&#8217;oxygène que l&#8217;on respire. Et la pensée. Et la philosophie. Le personnage B a décidé à seize ans qu&#8217;il ferait une grande école de la République : Normale sup par exemple. Le père du personnage B approuve ce choix : <em>C&#8217;est un excellent choix</em>, dit au personnage B le père du personnage B. Le personnage B a vu défiler à la maison, à la table<br />
 familiale, un grand nombre d&#8217;individus qui avaient fait cette école. Le personnage B, à juste titre par ailleurs, a toujours été impressionné par l&#8217;esprit, la culture, la conversation des individus qui avaient fait cette école. <em>C&#8217;est pour ça que je veux faire cette école moi aussi</em>, dit le personnage B au père du personnage B. <em>Elle a raison. Le personnage B a raison : j&#8217;aurais fait pareil à sa place, ma chère Marie-Odile. Simplement, à dix-huit ans, j&#8217;ignorais même que cette école existait !</em> Le personnage A, au moment où il pousse la porte du théâtre du Rond-Point, est doublement ému. D&#8217;abord par Joyce et par la perspective d&#8217;une anfractuosité joycienne qui s&#8217;offrira à l&#8217;abriter. Et ensuite car c&#8217;est la première fois que le personnage A va au théâtre &#8211; si l&#8217;on fait abstraction des pièces de Robert Hossein qu&#8217;il est allé voir au palais des Congrès avec le lycée de Corbeil-Essonnes où il était scolarisé. Le personnage A a trouvé cette pièce par hasard en couverture de <em>Pariscope</em>. Le personnage A a été saisi de voir le nom de James Joyce en couverture de <em>Pariscope</em>. Le personnage A a téléphoné au numéro indiqué sur la couverture de <em>Pariscope</em>. Pour rien au monde le personnage A ne se serait rendu au théâtre ce soir-là accompagné par un ami. Le personnage B est déjà allé au théâtre des centaines de fois depuis qu&#8217;il est né. (<em>Je prends soin d&#8217;énoncer ces vérités de la manière la plus impassible qui se puisse concevoir, paisible et pacifique : comme on écosse des haricots devant un feu de cheminée.</em>) Le père du personnage B donne au personnage B un grand nombre de conseils sur les pièces qu&#8217;il faut voir. Ce soir-là le personnage B s&#8217;est entouré d&#8217;un certain nombre d&#8217;amis. Ils se sont rendus au théâtre en taxi car il fait froid, il vente, il pleut, <em>Un temps typiquement automnal, peu clément, dont il faut s&#8217;abriter</em>. Il est arrivé que le personnage A croise par hasard dans des soirées (auxquelles l&#8217;avait convié Marie Mercier) des équivalents du personnage B. À chaque fois que le personnage A a croisé quelque part des équivalents du personnage B, les équivalents du personnage B ont méprisé, ont tenté d&#8217;humilier, d&#8217;offenser, de ridiculiser le personnage A. <em>Ils ont fait sentir au personnage A que la culture leur appartenait : on a instruit le personnage A qu&#8217;il usurpait le droit qu&#8217;il s&#8217;octroyait de revendiquer une connaissance intime (j&#8217;allais dire amoureuse) des œuvres de Mallarmé, de Joyce ou de Breton : un imposteur, un clandestin, un lettré frauduleux</em>. Le personnage A se rend compte de ceci qui l&#8217;étonne : les équivalents du personnage B se comportent avec le patrimoine culturel comme de plaisants propriétaires terriens : ils le clôturent et en défendent l&#8217;accès. <em>Et si vous franchissez la clôture, ma chère Marie-Odile, on vous fait sentir cruellement l&#8217;outrecuidance que vous manifestez</em>. Le personnage A a mémorisé un certain nombre d&#8217;épisodes où des équivalents du personnage B lui ont fait sentir les insuffisances culturelles qui l&#8217;entravaient. <em>Le personnage A ne dispose d&#8217;aucune légitimité pour afficher son amour de la littérature : même pas sa sincérité. C&#8217;est cette réalité qu&#8217;il est difficile de faire admettre aujourd&#8217;hui, ma chère Marie-Odile, car l&#8217;on voudrait faire croire que le plus grand nombre, sans distinction d&#8217;aucune sorte, est le bienvenu dans la culture et la sophistication intellectuelle. Quelle supercherie Marie-Odile !</em> Le personnage A n&#8217;éprouve aucune animosité pour les équivalents du personnage B : il voudrait qu&#8217;ils l&#8217;admettent. Ce sont les équivalents du personnage B qui éprouvent de l&#8217;animosité pour le personnage A et les éventuels équivalents du personnage A. Je noterai que jusqu&#8217;ici ce stratagème d&#8217;intimidation a parfaitement réussi : <em>On observe que les équivalents du personnage A sont peu nombreux : il s&#8217;en rencontre rarement : on les oriente aimablement vers la bureautique</em>.</p>
</blockquote>
<p>Éric Reinhardt, <em>Cendrillon</em> (Stock, 2007, p. 366-373)</p>
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		<title>autoportraits mentaux aléatoires</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Sep 2007 01:32:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme l&#8217;écriture. Exactement comme l&#8217;écriture. Je me jette aveuglément dans la phrase, je m&#8217;y jette à corps perdu sans avoir peur, je lâche mes coups avec confiance (comme on le dit des tennismen), ma gestuelle mentale est profonde, généreuse, aboutie, il y a toujours cette seconde d&#8217;oubli où on s&#8217;absente à soi-même pour s&#8217;en remettre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/cendrillon.jpg" alt="cendrillon.jpg" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>
<blockquote><p>Comme l&#8217;écriture. Exactement comme l&#8217;écriture. Je me jette aveuglément dans la phrase, je m&#8217;y jette à corps perdu sans avoir peur, je lâche mes coups avec confiance (comme on le dit des tennismen), ma gestuelle mentale est profonde, généreuse, aboutie, il y a toujours cette seconde d&#8217;oubli où on s&#8217;absente à soi-même pour s&#8217;en remettre aveuglément à l&#8217;ampleur instinctive du jeté (presque un petit suicide), du lancer, de la frappe délivrée &#8211; aucune vision intellectuelle de l&#8217;issue n&#8217;est possible : la conscience se condense tout entière dans le bras, dans la main, dans les doigts &#8211; et la phrase s&#8217;accomplit comme un miracle, la balle passe au ras du filet, la balle s&#8217;écrase sur la ligne de fond, la balle reproduit dans les airs le tracé de la ligne sur le sol et franchit avec éclat l&#8217;adversaire qui se trouve au filet (dans l&#8217;écriture l&#8217;adversaire c&#8217;est soi-même et la peur de soi-même : c&#8217;est lui en général qui intercepte la phrase que l&#8217;on écrit mollement, sans confiance, avec le bras qui tremble). (p. 311-312)</p>
<p>Il fallait des couilles, une cuirasse en acier trempé, ce dont naturellement Laurent Dahl se trouvait démuni, pour affronter les traders sur leur ligne, si sûrs d&#8217;eux, si insultants à son égard. Ses jambes tremblaient. Son cœur battait. Un douloureux boulet de fonte s&#8217;incrustait dans son ventre. Il avait, dans un tiroir de son bureau, du <em>Spasfon</em> pour les crampes, du <em>Maalox</em> pour les brûlures, de l<em>&#8216;Aspégic</em> pour les migraines, du <em>Primpéran</em> pour les nausées, de l<em>&#8216;Altocel</em> pour les diarrhées. Il abusait, à l&#8217;opposé des certitudes de Clotilde, de la chimie et des médicaments, qui colmataient les brèches, réduisaient les fissures, atténuaient les stridences, minimisaient les douleurs diversement localisées que ces altercations occasionnaient. Laurent Dahl assumait avec difficulté les affrontements auxquels le conduisaient ses enquêtes opiniâtres : il détestait les conflits et rapports de force frontaux : il détestait les climats délétères et les soupçons d&#8217;ostracisme : il aimait être aimé. (p. 344-345)</p>
<p><em>Je vais mettre en réseau des éléments qui n&#8217;ont rien à voir les uns avec les autres. Des éléments qui vont tenir ensemble par la seule force de la structure conceptuelle qui les rassemble. C&#8217;est comme un logiciel de calcul. C&#8217;est comme un logiciel mathématique qui produirait des autoportraits.</em> (p. 533-534)</p>
<p><em>Comme tout système digne de ce nom, philosophique ou mécanique, le mien possède un regard, un regard supposé, un regard théorique, un point de vue déterminé. Comme en peinture d&#8217;ailleurs, avec la position de l&#8217;œil du regardeur qui détermine le point de fuite. En l&#8217;occurrence, ce point de vue est celui d&#8217;un observateur attablé sur la terrasse du Nemours, le café du Palais-Royal.</em> (p. 534)</p>
<p><em>Cela s&#8217;appelle le système Cendrillon. Il résulte de ce système la formation d&#8217;un certain nombre d&#8217;autoportraits mentaux aléatoires. Les éléments fondamentaux de ce système, que celui-ci est destiné à connecter de mille manières, sont les suivants. C&#8217;est une liste large. Le Palais-Royal. L&#8217;automne. Cendrillon. La salle de bal. Le soulier. L&#8217;espace. Le temps. Le présent. L&#8217;extase. Le théâtre. La femme. La reine. L&#8217;instant. La grâce. La danse. La magie. Le sortilège. Le passage. L&#8217;au-delà. L&#8217;au-delà ou l&#8217;ailleurs. Tout converge vers cet espace qui se situe hors champ, symbolisé dans mon système par la virgule de pierre qui donne accès, depuis l&#8217;esplanade, aux jardins du Palais-Royal. Ce système me résume. Ce système énonce qui je suis. Je vais dire qui je suis à l&#8217;auditoire de Gênes en faisant fonctionner devant lui cette petite machine conceptuelle. Les rouages que je viens d&#8217;énumérer s&#8217;amusent les uns avec les autres comme des écoliers dans une cour de récréation. L&#8217;ailleurs est donné par Cendrillon. L&#8217;affranchissement et l&#8217;accession à la lumière (tels qu&#8217;entrevus dans</em> <a href="http://www.dvdclassik.com/Critiques/brigadoon-dvd.htm" hreflang="fr">Brigadoon</a> <em>et</em> <a href="http://www.cndp.fr/tice/teledoc/plans/plans_trou.htm" hreflang="fr">Le Trou</a><em>) sont donnés par Cendrillon et par la figure irradiante de la reine. Cendrillon est donnée par la salle de bal. Le carrosse de Cendrillon est donné par <a href="http://www.parisrama.com/themepalaisroyal/index.htm" hreflang="fr">la bouche de métro</a> de Jean-Michel Othoniel. La salle de bal est donnée par les sept lustres de l&#8217;esplanade. L&#8217;automne aussi est donné par la salle de bal. L&#8217;espace de l&#8217;automne et l&#8217;espace de la salle de bal de Cendrillon coïncident parfaitement : c&#8217;est l&#8217;esplanade du Palais-Royal qui superpose leur transparence à la faveur d&#8217;une vérification géométrique qui fait extase. La magie est donnée par l&#8217;automne. La magie est donnée par Cendrillon.</em> Le Trou <em>est donné par ma cave au Palais-Royal. Proserpine est donnée par ma cave au Palais-Royal. L&#8217;automne est donné par Proserpine. Le temps est également donné par Cendrillon. L&#8217;absolu est donné par minuit. Le Présent est donné par le Théâtre Français. L&#8217;ailleurs est donné par la virgule de pierre. La danse, la grâce, l&#8217;instant, sont donnés par le studio de <a href="http://www.preljocaj.org/angelin.preljocaj-1-1-fr.html" hreflang="fr">Preljocaj</a> à l&#8217;Opéra, situé au bout de l&#8217;avenue, mais aussi par l&#8217;esplanade du Palais-Royal, qui s&#8217;impose également comme une scène de théâtre.</em> Brigadoon <em>est donné par la danse. Le soulier de Cendrillon est donné par <a href="http://www.tendances-de-mode.com/2007/04/02/123-christian-louboutin-et-les-semelles-rouges" hreflang="fr">Christian Louboutin</a>, dont tu n&#8217;ignores pas que les bureaux sont situés au Palais-Royal. La reine est donnée par le Palais-Royal. La reine est donnée par <a href="http://www.operadeparis.fr/Saison-2007-2008/Spectacle.asp?IdS=402" hreflang="fr">Médée</a>. Les souliers de Christian Louboutin sont donnés par les pointes des étoiles.</em> (p. 535-536)</p>
<p>Éric Reinhardt, <a href="http://www.editions-stock.fr/edstock/servlet/_FindArticleServlet?TXT_CODE=9782234058149&amp;TXT_LANGUE=francais" hreflang="fr">Cendrillon</a> (Stock, 2007)</p>
</blockquote>
<p>Je l’ai ouvert avec un peu de méfiance, en raison du <a href="http://www.blogg.org/blog-51479-billet-cendrillon_s_buzz-662828.html" hreflang="fr">buzz</a> sentant le succès fabriqué qui l’accompagne, mais j’ai été séduite : <em>Cendrillon</em> est un grand roman ambitieux et inventif, qui mélange avec jubilation les tons, passant sans cesse du réalisme social à l’art poétique puis à l’enchantement du conte, tantôt midinette, tantôt caustique, parfois un peu bavard, souvent très drôle, à la fois narcissique et plein d’autodérision.<br />
Dans ce roman dont il me plait qu’il s’ouvre et se referme sur l’image d’un homme en fuite, prêt à sauter dans un avion (en abandonnant son soulier de vair ?), Éric Reinhardt met en scène ceux qu’il aurait pu être, ses « avatars synthético-théoriques », qui dessinent quatre lignes de fuite possibles pour un même adolescent humilié.</p>
<p>Éric Reinhardt est né en 1965 à Nancy. Il vit et travaille à Paris et est éditeur de livres d’art.<br />
Il est l’auteur de <em>Demi-sommeil</em> (Actes Sud, 1998), <em>Le Moral des ménages</em> (Stock, 2002) et <em>Existence</em> (Stock, 2004).</p>
<p>On peut lire en ligne deux entretiens :<br />
« <a href="http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-949218,0.html?xtor=RSS-3260" hreflang="fr">Réaffirmer l&#8217;importance du poétique dans nos vies</a> » (<em>Le Monde</em>)<br />
et « <a href="http://www.technikart.com/2007/08/20/7086-les-3-4-des-romans-contemporains-sont-totalement-ringards" hreflang="fr">Les 3/4 des romans actuels sont ringards</a> » (<em>Technikart</em>)<br />
et de très nombreux articles et billets, que je vous laisse demander à google, en conseillant, tout de même, « <a href="http://www.liberation.fr/culture/273695.FR.php" hreflang="fr">Le carosse des humiliés</a> » de Philippe Lançon, (<em>Libération</em>, 23 août 2007).</p>
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		<title>faites un exercice</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Sep 2007 01:35:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[Le vocabulaire scientifique console et protège le médecin. Il lui permet de continuer à mener une vie normale après avoir annoncé aux autres que la leur ne le serait plus jamais. Mais le vocabulaire scientifique peut aussi, tel un boomerang, se retourner contre celui qui l’emploie et le frapper en plein visage au moment où [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/rosenthal.gif" alt="rosenthal.gif" style="float:right; margin: 0 0 1em 1em;" /></p>
<blockquote><p>Le vocabulaire scientifique console et protège le médecin. Il lui permet de continuer à mener une vie normale après avoir annoncé aux autres que la leur ne le serait plus jamais. Mais le vocabulaire scientifique peut aussi, tel un boomerang, se retourner contre celui qui l’emploie et le frapper en plein visage au moment où il s’y attend le moins. (p. 31)</p>
<p>Il y a trop de maladies, beaucoup trop. Et il y a aussi trop de médecins. S’il y avait moins de médecins, certaines maladies ne porteraient pas de nom. On ne les connaîtrait pas. Elles flotteraient dans l’univers vague des maladies non identifiées et on pourrait ainsi être sûr de ne pas en être atteint. Alors que tous ces noms et toutes ces maladies et tous ces symptômes sont constamment autour de nous et nous menacent. Nous sommes menacés par les maladies et notre résignation est entamée, à un moment ou a un autre, par une peur sourde dont rien ne peut nous affranchir. (p. 61)</p>
<p>On n&#8217;est<br />
On n&#8217;est pas<br />
On n&#8217;est pas là<br />
On n&#8217;est pas là pour<br />
On n&#8217;est pas là pour disparaître</p>
<p>Des fois, ma mémoire chavire. C&#8217;est comme un trou noir à l&#8217;intérieur duquel je sais qu&#8217;il y a quelque chose que je devais chercher. Je ne me souviens plus quoi, mais il y avait là, dans le trou, quelque chose et ce quelque chose me manque. C&#8217;est bizarre d&#8217;éprouver le manque de quelque chose qu&#8217;on ne connaît pas. D&#8217;habitude, quand quelque chose manque, on sait ce que c’est, c&#8217;est d&#8217;ailleurs pour ça qu&#8217;il ou qu&#8217;elle manque. Le manque, c&#8217;est quand on me retire une chose dont je sais qu&#8217;elle m&#8217;est nécessaire et dont l&#8217;empreinte reste en moi vivace. Mais là, c&#8217;est autre chose, un manque flottant, un manque profond que je ne peux pas circonscrire. C&#8217;est pire, bien pire, parce que j&#8217;ai beau réfléchir, je ne sais pas ce qui manque. (p. 64)</p>
<p>Faites un exercice. Imaginez-vous dans la situation de celui dont l’histoire a été engloutie.</p>
<p>Imaginez-vous à table, dans l’ignorance de ce que vous mangez, de l’endroit où vous vous trouvez, des objets qui vous entourent, des gens qui vous parlent familièrement et qui vous paraissent des étrangers. (p. 145)</p>
<p>Pour se venger du docteur Alzheimer qui allait à coup sûr réussir mieux que lui dans le domaine scientifique, le professeur Kraepelin a décidé de donner le nom de son concurrent à une maladie qui transforme un être de raison en animal apeuré et sans défense. (p. 162)</p>
<p>On peut développer pendant des années une terrible maladie sans le savoir. On peut, pendant des années, continuer à vivre normalement alors qu&#8217;à l&#8217;intérieur un travail méthodique de destruction de l&#8217;organisme s&#8217;est engagé. En même temps, quelle que soit la maladie dont on meurt, on peut dire cela de tous et de chacun. À partir du moment où le corps acquiert sa forme adulte et, si on veut, définitive, commence le lent cheminement vers la fin. Tout ce qui advient, accidents divers, émotions fugitives ou moins fugitives, participe d&#8217;une manière obscure et indéchiffrable aux modes particuliers que choisira la mort pour nous frapper. Si on pense l&#8217;existence à partir de sa fin, il devient possible voire inévitable de croire à la fatalité. Il n&#8217;y a plus de hasard et cela n&#8217;est pas rassurant. (p. 189)</p>
</blockquote>
<p>Il est particulièrement difficile de découper des citations dans ce récit à la fois prismatique et très construit, en une rigoureuse spirale qui aboutit à ce constat :</p>
<blockquote><p>C&#8217;est trop compliqué<br />
d&#8217;être un homme<br />
de travailler de dialoguer de s&#8217;étonner de sourire d&#8217;encaisser sans rien dire<br />
de ne pas douter<br />
de soi<br />
des autres<br />
c&#8217;est compliqué<br />
d&#8217;être curieux d&#8217;être ouvert d&#8217;être attentif d&#8217;être prêt<br />
au meilleur comme au pire<br />
de supporter<br />
la douleur l&#8217;abandon la déception la jalousie<br />
c&#8217;est compliqué<br />
d&#8217;aimer<br />
d&#8217;être sûr de soi<br />
d&#8217;être rassurant<br />
d&#8217;être fort<br />
c&#8217;est compliqué<br />
de ne pas en vouloir aux femmes<br />
à toutes les femmes<br />
d&#8217;éduquer des enfants<br />
de rester là<br />
de regarder la télé d&#8217;un air détaché<br />
de réprimer ses désirs<br />
de faire comme si c&#8217;était normal<br />
comme si c&#8217;était normal de vivre<br />
et de mourir<br />
comme si ce n&#8217;était pas révoltant<br />
humiliant<br />
désespérant<br />
comme si on n&#8217;avait rien de mieux à faire<br />
qu&#8217;attendre<br />
c&#8217;est compliqué<br />
d&#8217;accepter la mort<br />
de ses parents<br />
de ses amis<br />
et bientôt la sienne<br />
de ne pas succomber à la panique<br />
à la lâcheté<br />
c&#8217;est compliqué<br />
d&#8217;être propre bien habillé correct présentable<br />
de se contrôler<br />
de se maîtriser<br />
de se contenir<br />
de se respecter<br />
de manger avec des couverts<br />
de boire dans des récipients<br />
de se lever<br />
de se coucher<br />
de chier aux bons endroits<br />
et à heures fixes<br />
de se raser<br />
de bricoler<br />
d&#8217;être tolérant d&#8217;être indulgent<br />
d&#8217;être humain<br />
c&#8217;est compliqué<br />
de comprendre ou de cacher quand on ne comprend pas<br />
d&#8217;être ingénieux ou de cacher quand on ne l&#8217;est pas<br />
de s&#8217;habituer ou de cacher quand on ne s&#8217;habitue pas<br />
d&#8217;être furieux sans le montrer<br />
d&#8217;être triste sans le montrer<br />
d&#8217;être seul sans le montrer<br />
d&#8217;être là plutôt qu&#8217;ailleurs<br />
d&#8217;être prisonnier<br />
c&#8217;est si compliqué<br />
il prend un couteau sur la table<br />
et comme elle continue à parler<br />
avec des mots qu&#8217;il ne saisit pas<br />
il l&#8217;efface<br />
et il s&#8217;efface avec elle<br />
d&#8217;être un homme<br />
c&#8217;est trop compliqué<br />
(p. 214-216)</p>
<p><a href="http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?rubrique=4&amp;id=81" hreflang="fr">Olivia Rosenthal</a>, <em>On n&#8217;est pas là pour disparaître</em> (Verticales, 2007)</p>
</blockquote>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Olivia_Rosenthal" hreflang="fr">Olivia Rosenthal</a> est née en 1965 et est <a href="http://www.univ-paris8.fr/littfra/?page_id=67" hreflang="fr">maître de conférences à Paris 8</a>.<br />
Il faut lire tous ses romans, publiés aux éditions Verticales, depuis le premier, intitulé <a href="http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=249&amp;rubrique=3" hreflang="fr">Dans le temps</a> en clin d&#8217;œil aux derniers mots de la <em>Recherche</em>.</p>
<p>Sur <a href="http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=266&amp;rubrique=3" hreflang="fr">On n&#8217;est pas là pour disparaître</a>, on peut lire et écouter en ligne :<br />
- <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2007/rentree_litteraire/report_fiche.php?report_id=230010086&amp;atheme=1" hreflang="fr">une page France Culture et Télérama</a> : émission Tout arrive!, entretien, article<br />
- un <a href="http://www.desordre.net/blog/blog.php3?debut=2007-09-09#1322" hreflang="fr">beau billet de Philippe De Jonckheere</a> (15 septembre 2007)<br />
- et d’autres citations dans le <a href="http://www.berlol.net/dotclear/" hreflang="fr">Journal LittéRéticulaire</a> de Berlol</p>
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		<title>la face télégénique de la violence</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Sep 2007 02:01:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[écrivains]]></category>

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		<description><![CDATA[Un paillasson. Et moi qui avais passé une partie de ma jeunesse au Café des Ormeaux à expliquer comment combattre le Capital par la pensée, moi qui m&#8217;étais toujours enorgueillie d&#8217;être un écrivain de la révolte, un écrivain qui violait la syntaxe, un écrivain qui saccageait le beau style pour en faire de la charpie, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/salvayre.jpg" alt="salvayre.jpg" /></p>
<blockquote><p>Un paillasson.<br />
Et moi qui avais passé une partie de ma jeunesse au Café des Ormeaux à expliquer comment combattre le Capital par la pensée, moi qui m&#8217;étais toujours enorgueillie d&#8217;être un écrivain de la révolte, un écrivain qui violait la syntaxe, un écrivain qui saccageait le beau style pour en faire de la charpie, moi qui me flattais d&#8217;être une démolisseuse de la phrase, une terroriste de la narration, la progression ? fadaise ! le dénouement ? foutaise ! la psychologie ? pfuit ! les conventions ? à balayer ! les personnages ? vieilleries d&#8217;un autre siècle !, un écrivain révolutionnaire quoi, bien que ce mot fît honte, moi donc, l&#8217;écrivain de toutes les rébellions, je n&#8217;osais dire merde de vive voix à un marchand de hamburgers.<br />
Force m&#8217;était d&#8217;en convenir : j&#8217;avais le cœur poltron. (p. 78-79)</p>
<p>J&#8217;avais dû, comme lui, dissimuler aux autres mes basses extractions, ce qui expliquait en partie cette prudence à parler qui nous était commune et qui limitait le plus souvent nos discours aux sujets de première nécessité, prudence à parler dont nous parvenions à nous défaire, lui en buvant, moi en écrivant des livres dans une langue très oublieuse de ses origines.<br />
J&#8217;avais dû tout apprendre des règles implicites qui arbitraient le monde littéraire dans lequel, depuis dix ans, j&#8217;évoluais, sans parvenir réellement à m&#8217;y plier, sans parvenir à m&#8217;y sentir à l&#8217;aise, toujours gauche, mal assurée, d&#8217;une timidité native, refusant de mon propre chef de fréquenter la fine fleur des gens de lettres, ce qui passait pour une mise à l&#8217;écart du milieu, souffrant de cette méprise qui faisait de ma réclusion volontaire un ostracisme subi, supportant aussi mal de demeurer solitaire dans mon appartement que de me voir contrainte d&#8217;en sortir, et toujours d&#8217;une discrétion et d&#8217;une modestie parfaites, lesquelles faisaient dire à mes voisins : Elle n&#8217;a pas l&#8217;air d&#8217;un écrivain. (p. 107)</p>
<p>Lydie Salvayre, <em>Portrait de l&#8217;écrivain en animal domestique</em> (Seuil, 2007)</p>
</blockquote>
<p>Cette farce sur la servitude volontaire appartient à la veine cocasse et jubilatoire de l’œuvre de <a href="http://www.editions-verticales.com/auteurs_fiche.php?rubrique=4&amp;id=83" hreflang="fr">Lydie Salvayre</a>, qui s’y moque de la posture éthérée de l’écrivain tout autant que de la vulgarité libérale, très à la mode ces temps-ci :</p>
<blockquote><p>Je finis par penser que Tobold avait compris avant tout le monde que la vulgarité, qui m’apparaissait comme la face maquillée de la violence, sa face avenante, télégénique et tape-à-l’œil, sa face commerciale en quelque sorte, que la vulgarité, désormais, était payante. (p. 149)</p>
</blockquote>
<p>en abusant avec bonheur de l’imparfait du subjonctif :</p>
<blockquote><p>Le 26 août, il organisa à Little Rock une conférence sur la philanthropie innovante, à laquelle participèrent son ami Bill (Gates), son ami Bill (Clinton) et le très fringant Ted Turner, lequel conseilla aux participants de donner le plus d&#8217;argent possible aux populations démunies, seul moyen d&#8217;éviter qu&#8217;elles ne s&#8217;énervassent, qu&#8217;elles ne s&#8217;enflammassent et qu’elles ne dévastassent la Terre entière, mais en ayant soin de garder toujours quelques milliards de dollars par-devers soi, on ne sait jamais, une révolution est vite arrivée, par ces temps de désordre. (p. 234)</p>
</blockquote>
<p>de la caricature baroque :</p>
<blockquote><p>(&#8230;) c&#8217;était, je crois, ce que Tobold attendait de moi, que j&#8217;en fisse trop, que j&#8217;appuyasse, que je surlignasse, que j&#8217;en rajoutasse des couches et des couches sur le faux en espérant qu&#8217;il fît vrai, selon la méthode littéraire dite baroque, fort appréciée des Hispaniques qui sont tous des exagérés, mais tenue en suspicion par les Français, qui ne plaisantent pas, comme on le sait, avec le sens de la mesure. (p. 74)</p>
</blockquote>
<p>et des citations incongrues :</p>
<blockquote><p>Sharon, assise face à lui, croisa et décroisa ses jambes à toutes fins utiles (nous offrant un assortiment merveilleux de figures destinées à incarner la question du voilement/dévoilement telle que la pose Martin Heidegger dans <em>Qu’appelle-t-on penser ?</em>) et en vint, après les gracieusetés et badinages requis, à l’objet de sa visite. (p. 83)</p>
</blockquote>
<p>Son hommage à Rabelais, intitulé « <a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/05/au-tres-illustre-et-revere-francois-rabelais-docteur-en-medecine" hreflang="fr">Au Très Illustre et Révéré François Rabelais, docteur en médecine</a> », dans les pages du <em>NouvelObs</em> éclaire sur le pari &#8211; éminemment réussi &#8211; de Lydie Salvayre : susciter le « grand rire (&#8230;) précieux à la santé de l&#8217;âme ».</p>
<p>voir aussi deux articles en ligne :<br />
<a href="http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/06/portrait-de-lecrivain-en-animal-domestique" hreflang="fr">Jérôme Garcin</a> (<em>NouvelObs</em>, 6 septembre 2007)<br />
et <a href="http://www.telerama.fr/livres/M0708201239478.html" hreflang="fr">Martine Laval</a> (<em>Télérama</em>, 3006, 25 Août 2007).</p>
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