<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>mille plateaux &#187; autres</title>
	<atom:link href="http://christinegenin.fr/lignes/?feed=rss2&#038;tag=autres" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://christinegenin.fr/lignes</link>
	<description>mémoire des lignes de fuite</description>
	<lastBuildDate>Tue, 27 Mar 2012 21:53:04 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.1</generator>
		<item>
		<title>tout autre que je ne suis</title>
		<link>https://christinegenin.fr/lignes/?p=544</link>
		<comments>https://christinegenin.fr/lignes/?p=544#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 15 Jan 2007 02:05:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[citations]]></category>
		<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[Rousseau]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://christinegenin.fr/lignesdefuite/2007/01/15/tout-autre-que-je-ne-suis/</guid>
		<description><![CDATA[Si peu maître de mon esprit seul avec moi-même, qu&#8217;on juge de ce que je dois être dans la conversation, où, pour parler à propos, il faut penser à la fois et sur-le-champ à mille choses. La seule idée de tant de convenances, dont je suis sûr d&#8217;oublier au moins quelqu&#8217;une, suffit pour m&#8217;intimider. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si peu maître de mon esprit seul avec moi-même, qu&#8217;on juge de ce que je dois être dans la conversation, où, pour parler à propos, il faut penser à la fois et sur-le-champ à mille choses. La seule idée de tant de convenances, dont je suis sûr d&#8217;oublier au moins quelqu&#8217;une, suffit pour m&#8217;intimider. Je ne comprends pas même comment on ose parler dans un cercle ; car à chaque mot il faudrait passer en revue tous les gens qui sont là ; il faudrait connaître tous leurs caractères, savoir leurs histoires, pour être sûr de ne rien dire qui puisse offenser quelqu&#8217;un. Là-dessus, ceux qui vivent dans le monde ont un grand avantage : sachant mieux ce qu&#8217;il faut taire, ils sont plus sûrs de ce qu&#8217;ils disent ; encore leur échappe-t-il souvent des balourdises. Qu&#8217;on juge de celui qui tombe là des nues : il lui est presque impossible de parler une minute impunément. Dans le tête-à-tête il y a un autre inconvénient que je trouve pire, la nécessité de parler toujours : quand on vous parle, il faut répondre ; et si l&#8217;on ne dit mot, il faut relever la conversation. Cette insupportable contrainte m&#8217;eût seule dégoûté de la société. Je ne trouve point de gêne plus terrible que l&#8217;obligation de parler sur-le-champ et toujours. Je ne sais si ceci tient à ma mortelle aversion pour tout assujettissement ; mais c&#8217;est assez qu&#8217;il faille absolument que je parle, pour que je dise une sottise infailliblement.<br />
Ce qu&#8217;il y a de plus fatal est qu&#8217;au lieu de savoir me taire quand je n&#8217;ai rien à dire, c&#8217;est alors que, pour payer plus tôt ma dette, j&#8217;ai la fureur de vouloir parler. Je me hâte de balbutier promptement des paroles sans idées, trop heureux quand elles ne signifient rien du tout. En voulant vaincre ou cacher mon ineptie, je manque rarement de la montrer. Entre mille exemples que j&#8217;en pourrais citer, j&#8217;en prends un qui n&#8217;est pas de ma jeunesse, mais d&#8217;un temps où, ayant vécu plusieurs années dans le monde, j&#8217;en aurais pris l&#8217;aisance et le ton, si la chose eût été possible. (…)<br />
Je crois que voilà de quoi faire assez comprendre comment, n&#8217;étant pas un sot, j&#8217;ai cependant souvent passé pour l&#8217;être, même chez des gens en état de bien juger : d&#8217;autant plus malheureux que ma physionomie et mes yeux promettent davantage, et que cette attente frustrée rend plus choquante aux autres ma stupidité. Ce détail, qu&#8217;une occasion particulière a fait naître, n&#8217;est pas inutile à ce qui doit suivre. Il contient la clef de bien des choses extraordinaires qu&#8217;on m&#8217;a vu faire, et qu&#8217;on attribue à une humeur sauvage que je n&#8217;ai point. J&#8217;aimerais la société comme un autre, si je n&#8217;étais sûr de m&#8217;y montrer non seulement à mon désavantage, mais tout autre que je ne suis. Le parti que j&#8217;ai pris d&#8217;écrire et de me cacher est précisément celui qui me convenait. Moi présent, on n&#8217;aurait jamais su ce que je valais, on ne l&#8217;aurait pas soupçonné même ; (&#8230;)</p>
<p>Jean-Jacques Rousseau (<em>Confessions</em>, III, Gallimard, Pléiade, 1959, p. 115-116)</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://christinegenin.fr/lignes/?feed=rss2&#038;p=544</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>à la surface de soi-même</title>
		<link>https://christinegenin.fr/lignes/?p=182</link>
		<comments>https://christinegenin.fr/lignes/?p=182#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 07 Jan 2007 00:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[citations]]></category>
		<category><![CDATA[autres]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://christinegenin.fr/lignesdefuite/2007/01/07/100-millions-damis/</guid>
		<description><![CDATA[&#160; Les êtres qui en ont la possibilité &#8211; il est vrai que ce sont les artistes et j&#8217;étais convaincu depuis longtemps que je ne le serais jamais &#8211; ont aussi le devoir de vivre pour eux-mêmes ; or l’amitié leur est une dispense de ce devoir, une abdication de soi. La conversation même qui est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>Les êtres qui en ont la possibilité &#8211; il est vrai que ce sont les artistes et j&#8217;étais convaincu depuis longtemps que je ne le serais jamais &#8211; ont aussi le devoir de vivre pour eux-mêmes ; or l’amitié leur est une dispense de ce devoir, une abdication de soi. La conversation même qui est le mode d’expression de l’amitié est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir. Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d’une minute, tandis que la marche de la pensée dans le travail solitaire de la création artistique se fait dans le sens de la profondeur, la seule direction qui ne nous soit pas fermée, où nous puissions progresser, avec plus de peine il est vrai, pour un résultat de vérité. Et l’amitié n’est pas seulement dénuée de vertu comme la conversation, elle est de plus funeste. Car l’impression d’ennui que ne peuvent pas ne pas éprouver auprès de leur ami, c&#8217;est-à-dire à rester à la surface de soi-même, au lieu de poursuivre leur voyage de découverte dans les profondeurs, ceux d’entre nous dont la loi de développement est purement interne, cette impression d’ennui, l’amitié nous persuade de la rectifier quand nous nous retrouvons seuls, de nous rappeler avec émotion les paroles que notre ami nous a dites, de les considérer comme un précieux apport, alors que nous ne sommes pas comme des bâtiments à qui on peut apporter des pierres du dehors, mais comme des arbres qui tirent de leur propre sève le nœud suivant de leur tige, l’étage supérieur de leur frondaison.</p></blockquote>
<blockquote><p>Marcel Proust, <em>À l&#8217;ombre des jeunes filles en fleur</em> (Gallimard, 1988, Bibliothèque de la Pléiade, tome 2, p. 260)</p></blockquote>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://christinegenin.fr/lignes/?feed=rss2&#038;p=182</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
