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	<title>mille plateaux &#187; écriture</title>
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	<description>mémoire des lignes de fuite</description>
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		<title>deus ex machina</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Jun 2011 13:22:41 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Si je ne peux accorder crédit à ce deus ex machina qui fait trop opportunément se rencontrer ou se manquer les personnages d&#8217;un récit, en revanche, il m&#8217;apparaît tout à fait crédible, parce que dans l&#8217;ordre sensible des choses, que Proust soit soudain transporté de la cour de l&#8217;Hôtel des Guermantes sur le parvis de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si je ne peux accorder crédit à ce <em>deus ex machina</em> qui fait trop opportunément se rencontrer ou se manquer les personnages d&#8217;un récit, en revanche, il m&#8217;apparaît tout à fait crédible, <em>parce que dans l&#8217;ordre sensible des choses</em>, que Proust soit soudain transporté de la cour de l&#8217;Hôtel des Guermantes sur le parvis de Saint-Marc à Venise par la sensation de deux pavés inégaux sous son pied, crédible aussi que Molly Blum soit entraînée dans des rêveries érotiques par l&#8217;évocation des fruits juteux qu&#8217;elle se propose d&#8217;acheter le lendemain au marché, crédible encore que le malheureux Benjy de Faulkner hurle de souffrance lorsqu&#8217;il entend les joueurs de golf crier le mot « caddie », et tout cela parce qu&#8217;entre ces choses, ces réminiscences, ces sensations, existe une évidente communauté de qualités, autrement dit une certaine harmonie, qui, dans ces exemples, est le fait d&#8217;associations, d&#8217;assonances, mais peut aussi résulter, comme en peinture ou en musique, de contrastes, d&#8217;oppositions ou de dissonances.</p>
<p>Claude Simon, <em>Discours de Stockholm</em> (Minuit, 1986, p. 22)</p>
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		<title>carrefours de sens</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Jun 2011 13:20:34 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Plus ou moins consciemment, par suite des imperfections de sa perception puis de sa mémoire, l’écrivain sélectionne subjectivement, choisit, élimine, mais aussi valorise entre cent ou mille quelques éléments d’un spectacle (&#8230;) S’il s’est produit une cassure, un changement radical dans l’histoire de l’art, c’est lorsque des peintres, bientôt suivis par des écrivains, ont cessé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Plus ou moins consciemment, par suite des imperfections de sa perception puis de sa mémoire, l’écrivain sélectionne subjectivement, choisit, élimine, mais aussi valorise entre cent ou mille quelques éléments d’un spectacle (&#8230;)<br />
S’il s’est produit une cassure, un changement radical dans l’histoire de l’art, c’est lorsque des peintres, bientôt suivis par des écrivains, ont cessé de prétendre représenter le monde visible mais seulement les impressions qu’ils en recevaient.<br />
« Un homme en bonne santé, écrit Tolstoï, pense couramment, sent et se remémore un nombre incalculable de choses à la fois. » Cette remarque est à rapprocher de ces phrases de Flaubert, à propos d’Emma Bovary : « Tout ce qu’il y avait en elle de réminiscences, d’images, de combinaisons s’échappait à la fois, d’un seul coup, comme les mille pièces d’un feu d’artifice. Elle aperçut nettement et par tableaux détachés son père, Léon, le cabinet de Lheureux, leur chambre là-bas, un autre paysage, des figures inconnues. » (…)<br />
C’est bien là que réside l’un des paradoxes de l’écriture : la description de ce que l’on pourrait appeler un « paysage intérieur » apparemment statique, et dont la principale caractéristique est que rien n’y est proche ni lointain, se révèle être elle-même non pas statique mais au contraire dynamique : forcé par la configuration linéaire de la langue d’énumérer les unes après les autres les composantes de ce paysage (ce qui est déjà procéder à un choix préférentiel, à une valorisation subjective de certaines d’entre elles par rapport aux autres), l’écrivain, dès qu’il commence à tracer un mot sur le papier, touche aussitôt à ce prodigieux ensemble, ce prodigieux réseau de rapports établis dans et par cette langue qui, comme on l’a dit, « parle déjà avant nous » au moyen de ce qu’on appelle ses « figures », autrement dit les tropes , les métonymies et les métaphores dont aucune n’est l’effet du hasard mais au contraire partie constitutive de la connaissance du monde et des choses peu à peu acquises par l’homme.<br />
Et si, suivant Chlovski, on s’accorde à définir le « fait littéraire » comme « le transfert d’un objet de sa perception habituelle dans la sphère d’une nouvelle perception », comment l&#8217;écrivain chercherait-il à déceler les mécanismes qui font s&#8217;associer en lui ce « nombre incalculable » de « tableaux » apparemment « détachés » qui le constitue en tant qu&#8217; être sensible, sinon dans cette langue qui le constitue en tant qu&#8217; être pensant et parlant et au sein de laquelle, dans sa sagesse et sa logique, nous sont déjà proposés d&#8217;innombrables transferts ou transports de sens ? Les mots, selon Lacan, ne sont pas seulement « signes » mais nœuds de significations ou encore, comme je l’ai écrit dans ma courte préface à Orion aveugle, carrefours de sens, de sorte que déjà par son vocabulaire la langue offre la possibilité de « combinaisons » en « nombre incalculable », grâce à quoi cette « aventure du récit » dans laquelle s’engage à ses risques et périls l’écrivain paraît finalement plus fiable que ces récits plus ou moins arbitraires que nous propose le roman naturaliste avec une assurance d’autant plus impérieuse qu’il sait la fragilité et la très discutable valeur de des moyens.</p>
<p>Claude Simon, <em>Discours de Stockholm</em> (Minuit, 1986, p. 26-28)</p>
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		<title>fonds commun</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Jun 2011 13:18:03 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>C’est à la recherche de ce jeu que l’on pourrait peut-être concevoir un engagement de l’écriture, qui, chaque fois qu’elle change un tant soit peu le rapport que par son langage l’homme entretient avec le monde, contribue dans sa modeste mesure à changer celui-ci. Le chemin suivi sera alors, on s’en doute, bien différent de celui du romancier qui, à partir d’un « commencement », arrive à une « fin ». Cet autre, frayé à grand-peine par un explorateur dans une contrée inconnue (s’égarant, revenant sur ses pas, guidé – ou trompé – par la ressemblance de certains lieux pourtant différents ou, au contraire, les différents aspects du même lieu), cet autre se recoupe fréquemment, repasse par des carrefours déjà traversés, et il peut même arriver (c’est le plus logique) qu’à la fin de cette investigation dans le présent des images et des émotions dont aucune n’est plus loin ni plus près que l’autre (car les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l’espace mesurable), il peut arriver que l&#8217;on soit ramené à la base de départ, seulement plus riche d&#8217;avoir indiqué quelques directions, jeté quelques passerelles, être peut-être parvenu, par l&#8217;approfondissement acharné du particulier et sans prétendre avoir tout dit, à ce « fonds commun » où chacun pourra reconnaitre un peu &#8211; ou beaucoup &#8211; de lui-même.</p>
<p>Claude Simon, <em>Discours de Stockholm</em> (Minuit, 1986, p. 30-31)</p>
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