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	<title>mille plateaux &#187; proust</title>
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	<description>mémoire des lignes de fuite</description>
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		<title>deus ex machina</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Jun 2011 13:22:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si je ne peux accorder crédit à ce deus ex machina qui fait trop opportunément se rencontrer ou se manquer les personnages d&#8217;un récit, en revanche, il m&#8217;apparaît tout à fait crédible, parce que dans l&#8217;ordre sensible des choses, que Proust soit soudain transporté de la cour de l&#8217;Hôtel des Guermantes sur le parvis de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si je ne peux accorder crédit à ce <em>deus ex machina</em> qui fait trop opportunément se rencontrer ou se manquer les personnages d&#8217;un récit, en revanche, il m&#8217;apparaît tout à fait crédible, <em>parce que dans l&#8217;ordre sensible des choses</em>, que Proust soit soudain transporté de la cour de l&#8217;Hôtel des Guermantes sur le parvis de Saint-Marc à Venise par la sensation de deux pavés inégaux sous son pied, crédible aussi que Molly Blum soit entraînée dans des rêveries érotiques par l&#8217;évocation des fruits juteux qu&#8217;elle se propose d&#8217;acheter le lendemain au marché, crédible encore que le malheureux Benjy de Faulkner hurle de souffrance lorsqu&#8217;il entend les joueurs de golf crier le mot « caddie », et tout cela parce qu&#8217;entre ces choses, ces réminiscences, ces sensations, existe une évidente communauté de qualités, autrement dit une certaine harmonie, qui, dans ces exemples, est le fait d&#8217;associations, d&#8217;assonances, mais peut aussi résulter, comme en peinture ou en musique, de contrastes, d&#8217;oppositions ou de dissonances.</p>
<p>Claude Simon, <em>Discours de Stockholm</em> (Minuit, 1986, p. 22)</p>
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		<title>agent pathogène</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Sep 2007 01:10:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[médecine]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour une affection que les médecins guérissent avec les médicaments (on assure, du moins, que cela est arrivé quelquefois), ils en produisent dix chez les sujets bien portants, en leur inoculant cet agent pathogène plus virulent mille fois que tous les microbes, l’idée qu’on est malade. Marcel Proust, Le côté de Guermantes, À la recherche [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20sept07/26.JPG" alt="26.JPG" /></p>
<p>Pour une affection que les médecins guérissent avec les médicaments (on assure, du moins, que cela est arrivé quelquefois), ils en produisent dix chez les sujets bien portants, en leur inoculant cet agent pathogène plus virulent mille fois que tous les microbes, l’idée qu’on est malade.</p>
<p>Marcel Proust, <em>Le côté de Guermantes</em>, <em>À la recherche du temps perdu</em> (Gallimard, Pléiade, tome 2, p. 598-599)</p>
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		<title>tableaux détachés</title>
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		<pubDate>Fri, 06 Apr 2007 00:10:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans plusieurs entretiens et textes théoriques, Claude Simon cite (de mémoire précise-t-il) un passage de Madame Bovary, par exemple : Il y a à ce sujet dans Madame Bovary une toute petite phrase d&#8217;une importance capitale, et qui a présidé à tout un aspect de l&#8217;évolution du roman contemporain. C&#8217;est celle-ci : « Tout ce qu&#8217;il y avait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20avril07/chabrol_madame_bovary.jpg" alt="chabrol_madame_bovary.jpg" /></p>
<p>Dans plusieurs entretiens et textes théoriques, Claude Simon cite (de mémoire précise-t-il) un passage de <em>Madame Bovary</em>, par exemple :</p>
<blockquote><p>Il y a à ce sujet dans <em>Madame Bovary</em> une toute petite phrase d&#8217;une importance capitale, et qui a présidé à tout un aspect de l&#8217;évolution du roman contemporain. C&#8217;est celle-ci : « Tout ce qu&#8217;il y avait en elle de réminiscences, d&#8217;images, de combinaisons, s&#8217;échappait à la fois, d&#8217;un seul coup (comme les mille pièces d&#8217;un feu d&#8217;artifices). Elle aperçut nettement et par tableaux détachés , son père, Léon, le cabinet de Lheureux ; leur chambre là-bas, un autre paysage, des figures inconnues ». Comme vous le voyez, il introduit là pour la première fois dans le roman les notions de simultanéité et de discontinuité. (entretien Knapp, 1970)</p></blockquote>
<blockquote><p>Nous ne percevons le monde, je crois, que par fragments. Curieusement deux écrivains aussi différents que Tolstoï et Flaubert l&#8217;ont senti. Dans <em>Guerre et Paix</em> Tolstoï dit : Un homme en bonne santé perçoit, sent et se remémore en un seul instant un nombre de choses incalculable. Et Flaubert dit de madame Bovary (je cite de mémoire) : « Elle revit en un seul instant, comme les milles pièces d&#8217;un feu d&#8217;artifice, son père, sa chambre, le cabinet de Lheureux, par fragments détachés et par combinaisons. Par combinaisons ! » (entretien Lebrun, 1989)</p></blockquote>
<blockquote><p>J&#8217;ai, il y a quelques années, à l&#8217;occasion d&#8217;un colloque sur Proust, entendu avec stupeur (stupeur partagée par Barthes qui était présent et qui a, du coup, renoncé à prendre la parole) un éminent essayiste dire que Proust aurait, comme par une sorte de perversité maligne, « fragmenté le réel » pour déconcerter son lecteur. Or c&#8217;est exactement l&#8217;inverse : Proust a réussi à ordonner et «cristalliser» en un seul bloc cohérent tous ces petits fragments de « réalité » que nous sommes seulement capables d&#8217;appréhender et de retenir. Avant lui, Flaubert décrivant l&#8217;afflux de souvenirs qui submerge Emma malade « par tableaux détachés, d&#8217;un seul coup et comme les mille pièces d&#8217;un feu d&#8217;artifice » avait pressenti cette combinatoire. (entretien Calle, 1993)</p></blockquote>
<p>ou encore dans son <a hreflang="fr" href="/post/2007/02/25/carrefours-de-sens">Discours de Stockholm</a>.</p>
<p>Or dans le texte définitif de <em>Madame Bovary</em>, point de « fragments » ni de « tableaux détachés » :</p>
<blockquote><p>Elle resta perdue de stupeur, et n&#8217;ayant plus conscience d&#8217;elle-même que par le battement de ses artères, qu&#8217;elle croyait entendre s&#8217;échapper comme une assourdissante musique qui emplissait la campagne. Le sol sous ses pieds était plus mou qu&#8217;une onde, et les sillons lui parurent d&#8217;immenses vagues brunes, qui déferlaient. Tout ce qu&#8217;il y avait dans sa tête de réminiscences, d&#8217;idées, s&#8217;échappait à la fois, d&#8217;un seul bond, comme les mille pièces d&#8217;un feu d&#8217;artifice. Elle vit son père, le cabinet de Lheureux, leur chambre là-bas, un autre paysage. La folie la prenait, elle eut peur, et parvint à se ressaisir, d&#8217;une manière confuse, il est vrai; car elle ne se rappelait point la cause de son horrible état, c&#8217;est-à-dire la question d&#8217;argent. Elle ne souffrait que de son amour, et sentait son âme l&#8217;abandonner par ce souvenir, comme les blessés, en agonisant, sentent l&#8217;existence qui s&#8217;en va par leur plaie qui saigne.<br />
La nuit tombait, des corneilles volaient.<br />
Il lui sembla tout à coup que des globules couleur de feu éclataient dans l&#8217;air comme des balles fulminantes en s&#8217;aplatissant, et tournaient, tournaient, pour aller se fondre sur la neige, entre les branches des arbres. Au milieu de chacun d&#8217;eux, la figure de Rodolphe apparaissait. Ils se multiplièrent, et ils se rapprochaient, la pénétraient; tout disparut. Elle reconnut les lumières des maisons, qui rayonnaient de loin dans le brouillard.<br />
Alors sa situation, telle qu&#8217;un abîme, se représenta. Elle haletait à se rompre la poitrine. Puis, dans un transport d&#8217;héroïsme qui la rendait presque joyeuse, elle descendit la côte en courant, traversa la planche aux vaches, le sentier, l&#8217;allée, les halles, et arriva devant la boutique du pharmacien.</p></blockquote>
<blockquote><p>Gustave Flaubert, <em>Madame Bovary</em>, III, 8</p></blockquote>
<p>Dans la <a hreflang="fr" href="http://www.intratext.com/IXT/FRA0023/_INDEX.HTM">concordance</a> en ligne, des « <a hreflang="fr" href="http://www.intratext.com/IXT/FRA0023/1/KU.HTM">tableaux</a> » (dans d&#8217;autres passages) mais toujours pas de « tableaux détachés ». On les retrouve, en revanche, dans les <a hreflang="fr" href="http://www.univ-rouen.fr/flaubert/02manus/196_hallucinations/0_pres196.htm">manuscrits de la séquence 196</a> (ainsi que d&#8217;autres séquences, d&#8217;ailleurs, comme si cette expression était une sorte d&#8217;indication scénaristique) : les « tableaux détachés » apparaissent dans le <a hreflang="fr" href="http://www.univ-rouen.fr/flaubert/02manus/196_hallucinations/bro_6_194v.htm">folio 194v</a>, sont encore présents dans le <a hreflang="fr" href="http://www.univ-rouen.fr/flaubert/02manus/196_hallucinations/bro_6_191v.htm">folio 191v</a>, mais raturés dans le <a hreflang="fr" href="http://www.univ-rouen.fr/flaubert/02manus/196_hallucinations/bro_6_185.htm">folio 185</a>. Dans la Pléiade <em>Claude Simon</em>, une note précise que l&#8217;écrivain cite une édition spécifique : <em>Madame Bovary, nouvelle version précédée des scénarios inédits</em> (texte établi par Jean Pommier et Gabrielle Leleu, Corti, 1949, p. 597).</p>
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		<title>l&#039;épouvantail d&#039;hudimesnil</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Feb 2007 00:03:00 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Jean-François Paillard parle également fort bien de ses propres « machines romanesques » dans un entretien avec Fabienne Swiatly proposé par remue.net : (&#8230;) Au point où en est aujourd’hui la « Fiction », je pense qu’un roman est une expérience narrative qui doit tout tenter, même l’impossible, le présomptueux, le « plus grand que soi », la confusion, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/images%20fev07/.paillard_monde_cadeau_m.jpg" alt="paillard_monde_cadeau.jpg" /></p>
<p><a hreflang="fr" href="/post/2006/08/31/guide-du-21e-siecle">Jean-François Paillard</a> parle également fort bien de ses propres « machines romanesques » dans un <a hreflang="fr" href="http://remue.net/spip.php?article2029">entretien avec Fabienne Swiatly</a> proposé par <em>remue.net</em> :</p>
<blockquote><p>(&#8230;) Au point où en est aujourd’hui la « Fiction », je pense qu’un roman est une expérience narrative qui doit tout tenter, même l’impossible, le présomptueux, le « plus grand que soi », la confusion, l’autodérision, l’énorme etc. Un écrivain n’a rien à perdre à s’amuser vraiment, à « convoquer » Proust pour en faire une sorte de créature tutélaire ou à essayer les trucs et ficelles de poètes (Michaux en tête pour ce qui me concerne). Le passage qui fait référence à l’épouvantail croisé sur le chemin du narrateur : « <em>Comme lui, j’étais cette grotesque apparition, cet impossible narrateur qui agite ses bras désespérés, cherchant à se hisser jusqu’au lecteur, semblant lui dire : Reste, reste un instant, car ce que tu n’apprends pas de moi maintenant, tu ne le sauras jamais</em> » est une phrase empruntée presque mot pour mot à <em>La Recherche du temps perdu</em>. Elle apparaît en conclusion d’un des textes les plus profonds que j’aie jamais lus, narrant la descente en calèche du narrateur vers Hudimesnil. Ce texte, qui a trait à l’indéchiffrable énigme du « statut de l’auteur » fait précisément l’objet d’une <a hreflang="fr" href="/post/2006/09/02/le-statut-de-lauteur">discussion assez lamentable entre le narrateur de &nbsp;&raquo;Pique-nique&nbsp;&raquo; et une de ses « créatures », Damiana Legowisko</a>. (&#8230;)</p></blockquote>
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		<title>la lecture est une amitié</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Jan 2007 23:03:00 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[lecture]]></category>
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		<description><![CDATA[Spécialement pour les commentateurs de mon précédent billet, un petit bonus proustien (sans statue ni boulons, s&#8217;entend!) : Sans doute, l’amitié, l’amitié qui a égard aux individus, est une chose frivole, et la lecture est une amitié. Mais du moins c’est une amitié sincère, et le fait qu’elle s’adresse à un mort, à un absent, lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Spécialement pour les commentateurs de mon précédent billet, un petit bonus proustien (sans statue ni boulons, s&#8217;entend!) :</p>
<blockquote><p>Sans doute, l’amitié, l’amitié qui a égard aux individus, est une chose frivole, et la lecture est une amitié. Mais du moins c’est une amitié sincère, et le fait qu’elle s’adresse à un mort, à un absent, lui donne quelque chose de désintéressé, de presque touchant. C’est de plus une amitié débarrassée de tout ce qui fait la laideur des autres. Comme nous ne sommes tous, nous les vivants, que des morts qui ne sont pas encore entrés en fonctions, toutes ces politesses, toutes ces salutations dans le vestibule que nous appelons déférence, gratitude, dévouement et où nous mêlons tant de mensonges, sont stériles et fatigantes. De plus, – dès les premières relations de sympathie, d’admiration, de reconnaissance, – les premières paroles que nous prononçons, les premières lettres que nous écrivons, tissent autour de nous les premiers fils d’une toile d’habitudes, d’une véritable manière d’être, dont nous ne pouvons plus nous débarrasser dans les amitiés suivantes ; sans compter que pendant ce temps-là les paroles excessives que nous avons prononcées restent comme des lettres de change que nous devons payer, ou que nous paierons plus cher encore toute notre vie des remords de les avoir laissé protester. Dans la lecture, l’amitié est soudain ramenée à sa pureté première. Avec les livres, pas d’amabilité. Ces amis-là, si nous passons la soirée avec eux, c’est vraiment que nous en avons envie. Eux, du moins, nous ne les quittons souvent qu’à regret. Et quand nous les avons quittés, aucune de ces pensées qui gâtent l’amitié : Qu’ont-ils pensé de nous ? – N’avons-nous pas manqué de tact ? – Avons-nous plu ? – et la peur d’être oublié pour tel autre. Toutes ces agitations de l’amitié expirent au seuil de cette amitié pure et calme qu’est la lecture. Pas de déférence non plus ; nous ne rions de ce que dit Molière que dans la mesure exacte où nous le trouvons drôle ; quand il nous ennuie nous n’avons pas peur d’avoir l’air ennuyé, et quand nous avons décidément assez d’être avec lui, nous le remettons à sa place aussi brusquement que s’il n’avait ni génie ni célébrité. L’atmosphère de cette pure amitié est le silence, plus pur que la parole. Car nous parlons pour les autres, mais nous nous taisons pour nous-mêmes. Aussi le silence ne porte pas, comme la parole, la trace de nos défauts, de nos grimaces. Il est pur, il est vraiment une atmosphère. Entre la pensée de l’auteur et la nôtre il n’interpose pas ces éléments irréductibles, réfractaires à la pensée, de nos égoïsmes différents. Le langage même du livre est pur (si le livre mérite ce nom), rendu transparent par la pensée de l’auteur qui en a retiré tout ce qui n’était pas elle-même jusqu’à le rendre son image fidèle, chaque phrase, au fond, ressemblant aux autres, car toutes sont dites par l’inflexion unique d’une personnalité ; de là une sorte de continuité, que les rapports de la vie et ce qu’ils mêlent à la pensée d’éléments qui lui sont étrangers excluent et qui permet très vite de suivre la ligne même de la pensée de l’auteur, les traits de sa physionomie qui se reflètent dans ce calme miroir. Nous savons nous plaire tour à tour aux traits de chacun sans avoir besoin qu’ils soient admirables, car c’est un grand plaisir pour l’esprit de distinguer ces peintures profondes et d’aimer d’une amitié sans égoïsme, sans phrases, comme en soi-même.</p></blockquote>
<p>Marcel Proust, <em>Journées de lecture</em> (<em>Contre Sainte-Beuve</em>, Gallimard, Bibliothèque de ma Pléiade, 1971, p. 186-187)</p>
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		<title>à la surface de soi-même</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Jan 2007 00:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[autres]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; Les êtres qui en ont la possibilité &#8211; il est vrai que ce sont les artistes et j&#8217;étais convaincu depuis longtemps que je ne le serais jamais &#8211; ont aussi le devoir de vivre pour eux-mêmes ; or l’amitié leur est une dispense de ce devoir, une abdication de soi. La conversation même qui est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<blockquote><p>Les êtres qui en ont la possibilité &#8211; il est vrai que ce sont les artistes et j&#8217;étais convaincu depuis longtemps que je ne le serais jamais &#8211; ont aussi le devoir de vivre pour eux-mêmes ; or l’amitié leur est une dispense de ce devoir, une abdication de soi. La conversation même qui est le mode d’expression de l’amitié est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir. Nous pouvons causer pendant toute une vie sans rien dire que répéter indéfiniment le vide d’une minute, tandis que la marche de la pensée dans le travail solitaire de la création artistique se fait dans le sens de la profondeur, la seule direction qui ne nous soit pas fermée, où nous puissions progresser, avec plus de peine il est vrai, pour un résultat de vérité. Et l’amitié n’est pas seulement dénuée de vertu comme la conversation, elle est de plus funeste. Car l’impression d’ennui que ne peuvent pas ne pas éprouver auprès de leur ami, c&#8217;est-à-dire à rester à la surface de soi-même, au lieu de poursuivre leur voyage de découverte dans les profondeurs, ceux d’entre nous dont la loi de développement est purement interne, cette impression d’ennui, l’amitié nous persuade de la rectifier quand nous nous retrouvons seuls, de nous rappeler avec émotion les paroles que notre ami nous a dites, de les considérer comme un précieux apport, alors que nous ne sommes pas comme des bâtiments à qui on peut apporter des pierres du dehors, mais comme des arbres qui tirent de leur propre sève le nœud suivant de leur tige, l’étage supérieur de leur frondaison.</p></blockquote>
<blockquote><p>Marcel Proust, <em>À l&#8217;ombre des jeunes filles en fleur</em> (Gallimard, 1988, Bibliothèque de la Pléiade, tome 2, p. 260)</p></blockquote>
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		<title>paperolles et hypertexte</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Dec 2006 00:02:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[blogs et internet]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le bloc-notes de son fascinant Désordre, Philippe De Jonckheere apporte également des réponses intéressantes et singulières à des questions sur l&#8217; « écriture en ligne », en convoquant notamment ce cher Marcel et sa dévouée Céleste (sans -ine, il me semble) : « Écrire au clavier versus écrire avec un stylo permet notamment de faire enfler le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img style="float: left; margin: 0 1em 1em 0;" src="/public/images/322.JPG" alt="322.JPG" /></p>
<p>Dans le bloc-notes de son fascinant <a hreflang="fr" href="http://www.desordre.net/">Désordre</a>, Philippe De Jonckheere apporte également des <a hreflang="fr" href="http://www.desordre.net/blog/blog.php3?debut=2006-11-26&amp;fin=2006-12-02#825">réponses intéressantes et singulières</a> à des questions sur l&#8217; « écriture en ligne », en convoquant notamment ce cher Marcel et sa dévouée Céleste (sans -ine, il me semble) :</p>
<p>« Écrire au clavier versus écrire avec un stylo permet notamment de faire enfler le texte par son milieu, encore qu’avec de belles paperolles collées et cousues, avec grâce et componction, par Célestine on puisse très bien écrire un roman hypertexte sur le papier. »</p>
<p>&#8230; certes cela nous aurait privé de belles paperolles, mais Proust aurait tellement apprécié le copier-coller ; et j&#8217;ai la faiblesse de penser qu&#8217;il aurait sans doute adoré aussi récolter des informations grâce à Google (lui qui réveillait ses amies en pleine nuit pour connaître le nom exact d&#8217;une fleur vue dans leur parterre), glaner des bribes de vécu en parcourant les blogs (lui qui aimait aller interroger sur les travers de la nature humaine prostituées et garçons d&#8217;étage du Ritz), pouvoir continuer à vivre la nuit dans les réseaux (lui qui ne se couchait de bonne heure qu&#8217;assez tard le lendemain matin).</p>
]]></content:encoded>
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		<title>comme un polypier</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Apr 2006 23:15:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[citations]]></category>
		<category><![CDATA[plasticité]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>

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		<description><![CDATA[et Marcel Proust écrit dans la Recherche : Mais on ne s&#8217;afflige pas plus d&#8217;être devenu un autre, les années ayant passé et dans l&#8217;ordre de la succession des temps, qu&#8217;on ne s&#8217;afflige, à une même époque, d&#8217;être tour à tour les êtres contradictoires, le méchant, le sensible, le délicat, le mufle, le désintéressé, l&#8217;ambitieux, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>et Marcel Proust écrit dans la <em>Recherche</em> :</p>
<p><em>Mais on ne s&#8217;afflige pas plus d&#8217;être devenu un autre, les années  ayant passé et dans l&#8217;ordre de la succession des temps, qu&#8217;on ne  s&#8217;afflige, à une même époque, d&#8217;être tour à tour les êtres  contradictoires, le méchant, le sensible, le délicat, le mufle, le  désintéressé, l&#8217;ambitieux, qu&#8217;on est tour à tour chaque journée. Et la  raison pour laquelle on ne s&#8217;en afflige pas est la même, c&#8217;est que le  moi éclipsé &#8211; momentanément dans le dernier cas et quand il s&#8217;agit du  caractère, pour toujours dans le premier cas et quand il s&#8217;agit des  passions &#8211; n&#8217;est pas là pour déplorer l&#8217;autre, l&#8217;autre qui est à ce  moment-là, ou désormais, tout vous ; le mufle sourit de sa muflerie car  on est le mufle, et l&#8217;oublieux ne s&#8217;attriste pas de son manque de  mémoire, précisément parce qu&#8217;il a oublié. </em><br />
(<em>Albertine disparue</em>, IV, p. 220-224)</p>
<p><img src="http://consciences.blogspirit.com/images/medium_polypier.2.jpg" alt="" /><em></em></p>
<p><em>J&#8217;avais bien considéré toujours notre individu, à un moment  donné du temps, comme un polypier où l&#8217;œil, organisme indépendant bien  qu&#8217;associé, si une poussière passe, cligne sans que l&#8217;intelligence le  commande, bien plus, où l&#8217;intestin, parasite enfoui, s&#8217;infecte sans que  l&#8217;intelligence l&#8217;apprenne, mais aussi dans la durée de la vie, comme une  suite de moi juxtaposés mais distincts qui mourraient les uns après les  autres ou même alterneraient entre eux.</em><br />
(<em>Le temps retrouvé</em>, IV, p. 516)</p>
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		<title>intelligence artificielle</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Feb 2006 23:20:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[blogs et internet]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[mutations]]></category>
		<category><![CDATA[proust]]></category>

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		<description><![CDATA[Si comme l&#8217;écrit Proust ci-dessus (pardon ci-dessous, le blog c&#8217;est comme les mangas ça se lit à l&#8217;envers) « avoir un corps, c&#8217;est la grande menace pour l&#8217;esprit », il est en ce début du 21e siècle un espoir de refuge hors du corps pour l&#8217;esprit : l&#8217;intelligence artificielle. Les progrès technologiques de la robotique, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si comme l&#8217;écrit Proust ci-dessus (pardon ci-dessous, le blog c&#8217;est comme les mangas ça se lit à l&#8217;envers) « avoir un corps, c&#8217;est la grande menace pour l&#8217;esprit », il est en ce début du 21e siècle un espoir de refuge hors du corps pour l&#8217;esprit : l&#8217;intelligence artificielle. Les progrès technologiques de la robotique, bien qu&#8217;encore décevants et balbutiants, n&#8217;en sont pas moins très rapides.</p>
<p>Pour les francophones non-scientifiques qui souhaitent se tenir au courant, il existe une ressource incontournable sur le sujet, le site foisonnant et passionnant créé en 2000 par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin : <a href="http://www.automatesintelligents.com/">Automates intelligents</a>.<br />
La rubrique <a href="http://www.automatesintelligents.com/biblionet/index.html">Biblionet</a>, notamment, propose des articles très détaillés sur un grand nombre d&#8217;ouvrages francophones ou anglophones qui traitent de l&#8217;intelligence artificielle, de neurosciences, de nanotechnologies et de pas mal d&#8217;autres sujets voisins.<br />
Depuis peu la même équipe propose également deux blogs : Le <a href="http://automatesintelligent.blog.lemonde.fr/">Blog d&#8217;automates intelligents</a> et <a href="http://philoscience.over-blog.com/">Philoscience</a>.<br />
L&#8217;ensemble est très riche, presque trop riche, et l&#8217;on désespère de trouver le temps de lire tout ce qui nous est proposé et de suivre tous les liens.</p>
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		<title>cerveau frémissant</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Feb 2006 23:30:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>cgenin</dc:creator>
				<category><![CDATA[citations]]></category>
		<category><![CDATA[cerveau]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[esprit]]></category>
		<category><![CDATA[fragilité]]></category>
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		<description><![CDATA[Et avoir un corps, c&#8217;est la grande menace pour l&#8217;esprit. La vie humaine et pensante, dont il faut sans doute moins dire qu&#8217;elle est un miraculeux perfectionnement de la vie animale et physique, mais plutôt qu&#8217;elle est une imperfection, encore aussi rudimentaire qu&#8217;est l&#8217;existence commune des protozoaires en polypiers, que le corps de la baleine, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Et avoir un corps, c&#8217;est la grande menace pour l&#8217;esprit. La vie humaine et pensante, dont il faut sans doute moins dire qu&#8217;elle est un miraculeux perfectionnement de la vie animale et physique, mais plutôt qu&#8217;elle est une imperfection, encore aussi rudimentaire qu&#8217;est l&#8217;existence commune des protozoaires en polypiers, que le corps de la baleine, etc., dans l&#8217;organisation de la vie spirituelle. Le corps enferme l&#8217;esprit dans une forteresse ; bientôt la forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l&#8217;esprit se rende. […]<br />
Je savais très bien que mon cerveau était un riche bassin minier, où il y avait une étendue immense et fort diverse de gisements précieux. Mais aurais-je le temps de les exploiter ? J&#8217;étais la seule personne capable de le faire. Pour deux raisons : avec ma mort eût disparu non seulement le seul ouvrier mineur capable d&#8217;extraire ces minerais, mais encore le gisement lui-même ; or, tout à l&#8217;heure, quand je rentrerais chez moi, il suffirait de la rencontre de l&#8217;auto que je prendrais avec une autre pour que mon corps fût détruit et que mon esprit, d&#8217;où la vie se retirerait, fût forcé d&#8217;abandonner à tout jamais les idées nouvelles qu&#8217;en ce moment même, n&#8217;ayant pas eu le temps de les mettre plus en sûreté dans un livre, il enserrait anxieusement de sa pulpe frémissante, protectrice, mais fragile.</p></blockquote>
<p>Marcel Proust, Le temps retrouvé, p. 613-614</p>
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