un algorithme voltairien

de | 15 mars 2006

C’est bien joli comme mot, mais à quoi ça sert, la mémétique ?

Le méméticien traque le mème sous chaque idée, regarde chaque comportement, chaque slogan avec un décodeur. Devenir méméticien – amateur – cela peut donc être, dans une version soft, commencer par se poser des tas de questions amusantes et utiles : comment se répand l’envie de remplir des grilles de sudoku, de posséder un ipod, d’avoir un bébé, d’acheter un petit haut turquoize, de lire Houellebecq ou d’élire Ségolène ? On y prend très vite goût.

Accepter toutes les implications de la théorie, c’est aussi prendre le risque de voir se dissoudre des illusions qui ont la vie dure, car elles sont bien utiles pour continuer à vivre ; par exemple la croyance en un Dieu (« La valeur de survie du mème Dieu dans le pool des mèmes résulte de son immense attrait psychologique » écrit Dawkins) qui a du plomb dans l’aile depuis quelque temps déjà, mais (hélas) encore quelques adeptes ; ou bien le sentiment de notre propre identité (Susan Blackmore montre que le moi n’est qu’un mèmeplexe ou une « machine à mèmes »). Certes les philosophies orientales, ainsi que pas mal de créateurs inspirés avaient déjà désintégré notre moi, mais nous y restons tout de même attachés.

La mémétique permet également d’être davantage conscients de multiples manipulations dont nous sommes les objets, de désapprendre à faire les choses parce que « ça se fait », de regarder avec plus de circonspection tout ce qui nous est présenté comme une valeur immuable (la fameuse nature humaine, par exemple), et d’éviter de laisser notre cerveau disponible pour n’importe quoi ou n’importe qui (n’est-ce pas, monsieur Le Lay!).

Nous pouvons trouver dans la recherche mémétique un algorithme « déconditionneur » conduisant vers une nouvelle posture, un nouveau regard sur les pressions qui nous forcent à agir. […] Chaque fois que nous croyons en quelque chose, nous devons nous demander pourquoi, d’où cela nous est imposé et, surtout, accepter que ce que nous croyons constitue une simple alternative en conflit avec d’autres, et que celle qui réussira le mieux à se reproduire finira par devenir la vérité locale. […] J’aime cette idée voltairienne d’un algorithme philosophique voyageur, contagieux, qui stimulerait la réflexion et chasserait progressivement tout fanatisme. écrit ainsi Pascal Jouxtel dans sa conclusion (p. 306-307).