Archives mensuelles : mai 2006

robot mélancolique

Le Robot mélancolique, qui sait qu’il est robot, n’a plus de plaintes, n’a plus de cris. Il ne les ose plus, sachant maintenant qu’il est robot. Pourquoi crierait-il ? pourquoi ferait-il des histoires ? Henri Michaux, « Notes au lieu d’actes », Passages

pelote inextricable de l’intime

Pourquoi des conversations ? Pourquoi tant d’échanges de paroles des heures durant ? On revient s’appuyer sur un environnement proche et avec des proches s’entretenir de proches, afin d’oublier l’Univers, le trop éloignant Univers, comme aussi le trop gênant intérieur, pelote inextricable de l’intime qui n’a pas de forme. Henri Michaux, Poteaux d’angle

unicellulaire microscopique

Quand je ne souffre pas, me trouvant entre deux périodes de souffrance, je vis comme si je ne vivais pas. Loin d’être un individu chargé d’os, de muscles, de chair, d’organes, de mémoire, de desseins, je me croirais volontiers, tant mon sentiment de vie est faible et indéterminé, un unicellulaire microscopique, pendu à un fil… Lire la suite »

anéantissante fatigue

L’extrême et anéantissante fatigue où m’amène assez vite toute activité et tout exercice, me retire assez considérablement du monde familier. Ce retirement devient une habitude. Retirement de soi hors des choses. Retirement des choses hors des autres choses l’entourant. Soustraction qui revient parfois à de l’analyse, quoique à cent lieues de l’être. Le cadre part… Lire la suite »

approfondissante absence

Tu veux apprendre ce qu’est ton être? Décroche. Retire-toi en ton dedans. Tu apprendras tout seul ce qui est capital pour toi, car il n’est pas de gourou pour ce savoir que toutefois un enfant de cinq ou même de quatre ans peut de lui-même apprendre et pratiquer s’il en sent le besoin à la… Lire la suite »

abîmes de nescience

Après quelque temps, toujours le « penser » s’arrête. Écrit, c’est ce qu’on appellera une pensée. C’est pourtant alors qu’il faudrait qu’elle soit continuée, mais il n’y a plus prise. Des abîmes de nescience la bordent, la précèdent, la suivent. D’inextricables contradictions, d’insurmontables incertitudes, enfin une impuissance totale. Si l’on insiste, des abîmes de rien.… Lire la suite »

prendre en traître

La conscience, il faut avoir pris une drogue, pour savoir comme c’est peu, comme c’est rare, comme c’est facultatif, comme c’est peu indiqué, comme ça se met en travers, comme c’est peu « nous » et encore moins notre bien, conscient qui nous lie les mains, qu’il faut savoir dépasser, pour une conscience seconde, conscient… Lire la suite »

bancs d’idées

Sans doute je me le disais autrefois, mais (est-ce la neurasthénie de guerre?) il me semble de plus en plus indubitablement sentir la ténuité de ces ruisselets grâce auxquels s’allument mes pensées vagues, si vite exténuées, en mon laboratoire poupin enfermé dans mon crâne. […] Pourtant, c’est dans le moins de force que m’apparaissent toujours… Lire la suite »

ne plus savoir penser

Comme le corps (ses organes et ses fonctions) a été connu principalement et dévoilé, non par les prouesses des forts, mais par les troubles des faibles, des malades, des infirmes, des blessés (la santé étant silencieuse et source de cette impression immensément erronée que tout va de soi), ce sont les perturbations de l’esprit, ses… Lire la suite »

une zone d’ombre

L’examen de la pensée fausse la pensée comme, en microphysique, l’observation de la lumière (du trajet du photon) la fausse. Tout progrès, toute nouvelle observation, toute pensée, toute création, semble créer (avec une lumière) une zone d’ombre. Henri Michaux, Postface de Plume

c’est nager qu’elle fait

L’âme adore nager. Pour nager on s’étend sur le ventre. L’âme se déboîte et s’en va. Elle s’en va en nageant. (Si votre âme s’en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l’âme partira avec une démarche et une forme différentes c’est ce… Lire la suite »

quelques jours de pause

s’imposent. Pour patienter, quelques citations d’Henri Michaux sur la conscience, en commençant par une formule que ne renierait pas la sémantique générale : Même si c’est vrai c’est faux. « Tranches de savoir », Face aux verrous

un vide se crée

La conscience est apparue grâce aux instants de liberté et de paresse. Lorsque tu es étendu, les yeux fixés sur le ciel ou sur un point quelconque, entre toi et le monde un vide se crée sans lequel la conscience n’existerait pas. Cioran, Des larmes et des saints (Quarto, p. 295)

une paresse occupée

Dans son Journal intime de 17 000 pages, une icône du genre, Henri-Frédéric Amiel écrit : Ce journal-ci représente la matière de quarante-six volumes à trois cent pages. Quel prodigieux gaspillage de temps, de pensée et de force ! Il ne sera utile à personne, et même pour moi il m’aura plutôt servi à esquiver… Lire la suite »

je est un poseur

Je n’ai jamais tenu de journal – ou plutôt je n’ai jamais su si je devais en tenir un. Parfois, je commence, et puis, très vite, je lâche – et cependant, plus tard, je recommence. C’est une envie légère, intermittente, sans gravité et sans consistance doctrinale. Je crois pouvoir diagnostiquer cette « maladie » du… Lire la suite »

un esprit primesautier

Je souhaiterois avoir plus parfaicte intelligence des choses, mais je ne la veux pas achepter si cher qu’elle couste. Mon dessein est de passer doucement, et non laborieusement ce qui me reste de vie. Il n’est rien pourquoy je me vueille rompre la teste : non pas pour la science, de quelque grand prix qu’elle… Lire la suite »

le laïus

Pour le plaisir, encore un extrait de L’os du doute : la fin du chapitre intitulé « Le laïus » (p. 65-66) : Personne ne vous force à obéir, c’est fini, ça. Nous sommes dans le participatif, ici. Nous vous demandons d’être responsable de votre réussite, responsable de votre projet, gestionnaire de vos performances, responsable… Lire la suite »

l’os du doute

Quant à ce que le travail fait aujourd’hui des humains, Nicole Caligaris le décrit fort bien dans sa pièce L’os du doute, mise en scène fin 2005 et publiée par les éditions Verticales. L’os du doute est une farce écrite dans la langue du « management », qui n’est pas sans rappeler le dépeçage analytique… Lire la suite »

rendre vivante la peinture

Les tableaux de Pierre Bonnard, qui déclarait : Il ne s’agit pas de peindre la vie, il s’agit de rendre vivante la peinture. ne sont pas si éloignés des précédents propos. Les humains, de plus en plus au fil des années, s’y fondent dans la peinture jusqu’à quasiment disparaître. Son modèle et sa femme, Marthe… Lire la suite »

Catégorie : art

vita contemplativa

En l’honneur du 1er mai, petit florilège nietzschéen (non exhaustif!) sur le travail : Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges des actes impersonnels et conformes à l’intérêt général : la crainte de tout ce… Lire la suite »