Archives mensuelles : septembre 2007

versez la sauce énigmatique

POUR UN ART POÉTIQUE (suite) Prenez un mot prenez-en deux faites-les cuir’ comme des œufs prenez un petit bout de sens puis un grand morceau d’innocence faites chauffer à petit feu au petit feu de la technique versez la sauce énigmatique saupoudrez de quelques étoiles poivrez et puis mettez les voiles où voulez-vous en venir… Lire la suite »

un poète du soir

TOUJOURS LE TRAVAIL je serai courageux je me lèverai à la première heure pour écrire des poèmes à onze heures du matin j’en aurai produit au moins un avant dix heures même lever laver petit déjeuner et hop à la selle en selle sur Pégase dans le ptit air frumeux de l’aube j’aperçois pourtant là-bas… Lire la suite »

j’aime pas les autres

C’est des gens bizarres, les autres. Vous pensez qu’ils sont comme vous. Et pas du tout. Ils sont comme les autres. J’aime pas les autres. (p. 11) Pour moi, c’est une véritable révélation : il est plus intéressant et plus gratifiant de raconter la vie que de la vivre. Je serai écrivain. À partir de là,… Lire la suite »

balafre légère tracée dans le temps

De tels traits (ce mot convient au haïku, sorte de balafre légère tracée dans le temps) installent ce qu’on a pu appeler « la vision sans commentaire ». (…) ce qui est aboli, ce n’est pas le sens, c’est toute idée de finalité : le haïku ne sert à aucun des usages (eux-mêmes pourtant gratuits) concédés à… Lire la suite »

saison mentale

Cet automne-ci pourquoi donc dois-je vieillir ? oiseau dans les nuages. kono aki wa nande toshiyoru kumo ni tori Bashô Matsuo (1644–1694) Cent onze haïku de Bashô (Verdier, 2002, Traduction de Joan Titus-Carmel) de Bashô, j’aime aussi beaucoup celui-ci : (mais je ne parviens pas à décider quelle traduction je préfère — c’est le problème… Lire la suite »

respectez les consignes

Nous savons maintenant la presse et la télévision commençaient à marteler le monde devient chaque jour de moins en moins sûr soyez attentifs, limitez vos déplacements, respectez les consignes, ne vous laissez pas aller, nous ne pouvons compter que sur nous même (p. 39) Voilà le tableau il faut être réaliste, nous allons apprendre à… Lire la suite »

compatible avec l’enfance

Déporté sur la gauche de l’esplanade (en son milieu dans le sens de la longueur), se trouve un élément fondamental de son décor : la bouche de métro qu’a conçue l’artiste français Jean-Michel Othoniel. Jean-Michel Othoniel est un artiste de réputation internationale dont les œuvres, des installations in situ pour la plupart, baroques, féeriques, cristallines, colorées,… Lire la suite »

la légèreté vexante d’une fugitive

(…) elle n’en demeure pas moins comme d’habitude insaisissable et mouvementée, disparaissant dans les étages avec la légèreté vexante d’une fugitive. Je précise que ma voisine du quatrième appartient à cette catégorie d’individus qui ne s’expriment jamais qu’en s’éloignant – comme le font si bien les P-DG avec leurs subalternes dans les couloirs des entreprises.… Lire la suite »

comme de plaisants propriétaires terriens

M’ont fait rire notamment (tout décrivant des mécanismes très justes qu’enfant moi-même d’une classe très moyenne j’ai souvent ressentis) les morceaux de bravoure sur la lutte des classes en littérature, à propos desquels Éric Reinhardt dit dans un entretien : « Comme j’aime pratiquer l’art de l’exagération, j’ai développé l’idée d’un complot contre l’émergence des écrivains issus… Lire la suite »

autoportraits mentaux aléatoires

Comme l’écriture. Exactement comme l’écriture. Je me jette aveuglément dans la phrase, je m’y jette à corps perdu sans avoir peur, je lâche mes coups avec confiance (comme on le dit des tennismen), ma gestuelle mentale est profonde, généreuse, aboutie, il y a toujours cette seconde d’oubli où on s’absente à soi-même pour s’en remettre… Lire la suite »

agent pathogène

Pour une affection que les médecins guérissent avec les médicaments (on assure, du moins, que cela est arrivé quelquefois), ils en produisent dix chez les sujets bien portants, en leur inoculant cet agent pathogène plus virulent mille fois que tous les microbes, l’idée qu’on est malade. Marcel Proust, Le côté de Guermantes, À la recherche… Lire la suite »

faites un exercice

Le vocabulaire scientifique console et protège le médecin. Il lui permet de continuer à mener une vie normale après avoir annoncé aux autres que la leur ne le serait plus jamais. Mais le vocabulaire scientifique peut aussi, tel un boomerang, se retourner contre celui qui l’emploie et le frapper en plein visage au moment où… Lire la suite »

la face télégénique de la violence

Un paillasson. Et moi qui avais passé une partie de ma jeunesse au Café des Ormeaux à expliquer comment combattre le Capital par la pensée, moi qui m’étais toujours enorgueillie d’être un écrivain de la révolte, un écrivain qui violait la syntaxe, un écrivain qui saccageait le beau style pour en faire de la charpie,… Lire la suite »

dont nous avons oublié que nous sommes les auteurs

Que peut-on connaître du monde ? De notre naissance à notre mort, quelle quantité d’espace notre regard peut-il espérer balayer ? Combien de centimètres carrés de la planète Terre nos semelles auront-elles touché ? Parcourir le monde, le sillonner en tous sens, ce ne sera jamais qu’en connaître quelques ares, quelques arpents : minuscules incursions dans des vestiges désincarnés,… Lire la suite »

alternative nostalgique (et fausse)

Alternative nostalgique (et fausse) : Ou bien s’enraciner, retrouver, ou façonner ses racines, arracher à l’espace le lieu qui sera vôtre, bâtir, planter, s’approprier, millimètre par millimètre, son « chez-soi » : être tout entier dans son village, se savoir cévenol, se faire poitevin. Ou bien n’avoir que ses vêtements sur le dos, ne rien garder, vivre… Lire la suite »

cette question de déménagement

XLI. Le port Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires, au gréement… Lire la suite »

le mont Fuji tout proche

La question revint, et se précisa, ce qu’il fichait là, dans la ville ? Si c’était d’un japon champêtre qu’il s’était amouraché, avec ses monts brumeux et ses sentiers déserts, ses bords de mer et ses pruniers, que ne battait-il la campagne ? La cherté des transports et la médiocrité de sa débrouillardise étaient-elles de simples prétextes ?… Lire la suite »

d’aise, il soupira

Ce n’était pas un stylite dans son désert, ni un ermite dans sa forêt, il était à Tôkyô par un bel après-midi de juin et, soit volonté soit caprice, il hurlait ces simples mots : Rien à foutre de la réalité. Il s’appelait E.T.A. Hoffmann, comme le poète, ses amis l’appelaient Ernst ou Theodor, jamais Amadeus,… Lire la suite »

tout à fait libérée

Je m’appelle Suzanne, j’ai cinquante-deux ans. Cela fait bien trente-cinq ans que je travaille. Douze ans dans ce bureau. Et voilà qu’on me voit assise sans bouger sur un banc à huit heures du soir. Et ça fait combien de temps que je me suis mariée ? dit Suzanne. Cela fait bien trente ans. Oui. Cela… Lire la suite »

même des contrées à venir

Écrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir. Si la carte s’oppose au calque, c’est qu’elle est tout entière tournée vers une expérimentation en prise sur le réel. La carte ne reproduit pas un inconscient fermé sur lui-même, elle le construit. (…) La carte est ouverte, elle… Lire la suite »