ce qui est, est ; le reste, faut voir.
Par cgat le samedi 9 juin 2007, 00:01 - écrivains - Lien permanent

Un nouvel opus de Jean Baptiste Botul, La Métaphysique du mou, est disponible depuis peu aux éditions des Mille et une nuits qui avaient déjà publié ses trois autres indispensables essais. Quelques extraits, en commençant par l'exergue :
Le drame de la philosophie moderne, c'est l'allégeance à l'écrit, la tyrannie du livre, le culte de l’œuvre, la toute-puissance des greffiers de la pensée. L'œuvre d'un auteur est sa pyramide, son catafalque. Le philosophe moderne ressemble à un pharaon qui oublierait de régner à force de contempler son futur tombeau, le tombeau des livres.
Lettre à Lou Andreas-Salomé, 6 octobre 1930. (p. 17)Une représentation assez adéquate de la conscience pourrait, éventuellement, être : une sorte de balle vide, confectionnée en vannerie. Autrement dit, une sphère creuse, tissée en joncs flexibles mais résistants. Ou en osier. Me documenter sur l'art de la vannerie. En tout cas, l'idée, c'est que l'intérieur, lieu de la conscience, est séparé de l'extérieur (le monde) par un tissage assez fort pour que les phénomènes rebondissent sur cette enveloppe, mais d'une imparfaite étanchéité. Il n'y a que Kant pour rêver d'être étanche. Ou les stoïciens. Les autres prennent leur parti (et c'est bien) d'être, dans un sens, perméables, et dans l'autre, d'avoir des fuites. (p. 19)
Je ressens une urgence d'inventaire : recenser les objets mous, et les classer. Mais ce serait évidemment une perte de temps. Mieux vaut relire Kant et travailler au corps le concept. Et d'abord, dissocier flexible et mou. Flexibilité s'oppose à rigidité, il n'y a pas d'antonyme strict à dureté : mollesse est sémantiquement déporté. Donc, aujourd'hui, et après réflexion, je forge le concept de mouité. Une bonne chose de faite. (p. 25)
De toute façon, l’ontologie est une impasse. On la résumerait en une assertion : ce qui est, est ; le reste, faut voir. (p. 74)
Jean-Baptiste Botul, La Métaphysique du mou (Mille et une nuits, 2007)
Puisque c’est dans Wikipedia, je pense qu’on peut l’écrire : Jean-Baptiste Botul (1896-1947) est un magnifique canular de Frédéric Pagès. Outre ses concepts certes fantaisistes mais néanmoins pertinents, Botul a été l'amant de Marthe Richard, Marie Bonaparte, Lou Andreas-Salomé, Marguerite Duras et Simone de Beauvoir, il a inventé le concept de valise à roulettes et Jean-Paul Sartre lui a piqué ses idées. Il a sa notice dans le catalogue de la BnF et son Association des Amis, créée par le NoDuBo (Noyau dur botulien).
Commentaires
Quelle naïve je suis ! Moi, j'y croyais à JB Botul en chair et en os. J'avais, dans ma petite biblithèque, les trois précédents petits livres édités. Sur la couverture de Landru, précurseur du féminisme, il est écrit : "correspondance inédite". J'y ai cru en me réjouissant qu'un historien ait pu mettre la main sur ces lettres.
J'apprends qu'il est créé de toute pièce ! Mais cela ne m'empêchera pas d'ajouter le 4ème petit ouvrage à ma petite bibliothèque.
j'y ai cru aussi assez longtemps, naïve que je suis aussi ...! mais sa biographie a fini par me semble un peu suspecte dans l'accumulation des rencontres et conquêtes, et j'ai interrogé l'oracle google
mais surtout il ne faut pas que cela vous empêche de lire Botul : il me semble que cela ne gâche pas le plaisir mais qu'il est au contraire accru par ce dégré d'humour et d'ironie supplémentaire
Essayez toutefois en le lisant d'éviter les voyelles A, B et E, par peur d'intoxication ...
et tant pis, c'est pas grave d'être naïve. Et quelle importance ! si le canular est réussi et les écrits savoureux
"Botul a été victime de son nom: le botulisme est une maladie grave et contagieuse. Diffuser le botulisme, au sens philosophique du terme, a toujours été une entreprise risquée et mal perçue." est-il précisé sur le site de l'Association des Amis concernant les risques d'intoxication !
A rapprocher de Catherine Malabou, à ma connaissance la seule à avoir abordé la question de la fin de la suprématie de l'écrit en philosophie (au profit de choses plus plastiques...)
Botul existe, puisque ses livres sont lus. Dans le fond, personne n'est allé voir à Königsberg si Kant existait (il sortait peu).Je dirai même plus: l'effort intellectuel et artistique nécessaire à la mise en circulation de la pensée de Botul est très supérieur à celui qui doit s'investir dans la lecture d'un essai d'Alain Minc ou d'u roman de Christine Angot (qui existent, eux,paraît-il). J'en témoigne: on en sort grandi.
je suis tout à fait d'accord avec vous, et si j'ai eu envie de le citer ici c'est que pour moi Botul existe bel et bien ... tandis que moi, faut voir ...!