Archives mensuelles : mars 2007

tout discours roule de tous côtés

Grâce à Daniel Bougnoux, j’ai relu ce que Platon écrit dans Phèdre à propos de l’invention de l’écriture, accusée (déjà !) de tuer la connaissance en fabriquant des « savants imaginaires » : J’ai donc oui dire qu’il existait près de Naucratis, en Égypte, un des antiques dieux de ce pays, et qu’à ce dieu les Égyptiens… Lire la suite »

épars en molécules

sans oublier, cité par Jean-Pierre Enjalbert (Qui est vivant ?, Verticales, 2007, p. 53), le toujours vivant Diderot : Le sentiment et la vie sont éternels. Ce qui vit a toujours vécu et vivra sans fin. La seule différence que je connaisse entre la mort et la vie, c’est qu’à présent vous vivez en masse, et… Lire la suite »

la bonne question

Qui est vivant ? est le titre d’un recueil hors-commerce, « une manière de catalogue en chantier, en vigueur, en mouvement », constitué en grande partie d’inédits, proposé par les éditions Verticales (avalées l’an dernier par Gallimard mais toujours vivantes !) De beaux textes d’auteurs que j’aime lire (ceux d’Olivia Rosenthal, Chloé Delaume, Régis Jauffret, Lydie… Lire la suite »

l’écrivain se prend pour la littérature

L’écrivain est un personnage à peu près seul. Animal parfois médiocre, toujours isolé sur son radeau. Il n’a rien à faire avec personne. L’écriture repliée sur elle-même comme un chat roulé en boule au soleil. Ceux qui voyagent, ceux qui ne quittent jamais leur rue, célibataires ou pères de famille nombreuse. L’écriture est toujours une… Lire la suite »

pourquoi je suis là ?

Pourquoi sommes-nous là ? Mon père ne me répond pas. Seule cette question le désarme. Pourquoi, pourquoi m’as-tu amenée là ? Si l’un de mes parents me sollicite, je retorque par cette question. Fais la vaisselle. Non, pourquoi je suis là ? Fais la cuisine. Non, pourquoi je suis là ? Aide ta sœur, ne te conduis pas comme… Lire la suite »

là-bas en ligne de mire

Vous habitez ici. Vous travaillez ici. Vous vivez ici. Dans cet ici qu’avant vous nommiez là-bas. Vous habitez la ville, vous occupez des chambres, des appartements, vous vivez dans des cités lointaines, des immeubles délabrés, des chambres d’hôtel et puis quelques foyers. Vous dites abandon, réquisitionnés. Vous dites marchands de sommeil. Vous habitez cet abandon,… Lire la suite »

spiraliser le monde

Le néogâteux gélatineux ne rit jamais. Avec condescendance, il jette dans la même opprobre la modernité qui n’est que bougisme et l’éloge de la jeunesse qui n’est que fasciste. Pour se dédouaner d’être réactionnaire, ce contorsionniste enfonce avec rage les portes ouvertes en affirmant qu’il n’y a pas de progrès en art, pour mieux masquer… Lire la suite »

où sont passées mes pantoufles ?

Esprit de sérieux Le néogâteux gélatineux veut de la vertu, de la loi morale. des impératifs catégoriques, exige de l’esprit-de-sérieux, de la discipline, des tabous, des interdits, aspire à des pères, des repères, du bien, du mal, du sens univoque, des échelles de valeurs, des guerres saintes, des prières, des voitures de pompiers, des policiers… Lire la suite »

un paquet de littérature

Dans « Total respect » (Journal de la semaine, Libération, samedi 10 février 2007), Régis Jauffret (entre deux piques très savoureuses adressées à l’un de nos candidats, mais assez de politique ici !) se livre à l’autopromotion, et c’est savoureux également : Publicité Pour mon livre Microfictions, 1 kg 60g, imprimé en Normandie par Roto Impression. Une sorte… Lire la suite »

synonyme godot

J’oubliais, hier, le savoureux et flaubertien « Glossaire général et circonstancié des élections », dont voici quelques extraits : Démocratie Tonner contre ses dérives Fonctionnaires Sangsues. Y en a trop. Heureusement que Le Point nous informe régulièrement de leurs ravages. Gauche-droite Clivage que les gens de droite trouvent dépassé. Grève Prise d’otages. Internet The place to be.… Lire la suite »

et je me tape sur le cœur

ROUSSELIN : Si je comparais l’Anarchie à un serpent, pour ne pas dire hydre ? Et le pouvoir… à un Vampire ? Non, c’est prétentieux ! Il faudrait cependant intercaler quelque phrase à effet, de ces traits qui enlèvent… comme : « fermer l’ère des révolutions, camarilla, droits imprescriptibles, virtuellement ; » et beaucoup de mots en isme : « parlementarisme, obscurantisme !… »… Lire la suite »

ornithorynque de la paix

Et, si guerre il y a pourtant, pourquoi ne pas se plonger dans le parodique Bréviaire des artificiers de Mathias Énard, dont le sous-titre est : « Manuel de terrorisme à l’usage des débutants indiquant les conditions de temps et d’argent pour y parvenir, les études à suivre, les examens à subir, les aptitudes et les facultés… Lire la suite »

ariane ma sœur

Maryline Desbiolles, à propos de ce quartier de l’Ariane qu’elle évoque dans son roman, émet à propos d’Ariane abandonnée à Naxos (celle-ci, de Daumier, nous change des nudités alanguies qui la représentent en général) une série d’hypothèses qui en tant que webmestre d’un labyrinthe ne peuvent que m’intéresser : Et si, décidément, c’était Ariane qui avait… Lire la suite »

pourtant pas la guerre

C’est pourtant pas la guerre. Elle prononcera plusieurs fois cette phrase, sur le même ton, elle qui a connu la guerre, celle de 40 : elle était une petite fille en 1940, difficile de croire qu’elle ait jamais été une fille : elle a une voix de vieux soudard, et encore moins une petite fille, son visage… Lire la suite »

moléculaire défi

Je ne résiste pas à l’envie de citer le S + 7 originel de Raymond Queneau, « La cimaise et la fraction » : La cimaise et la fraction La cimaise ayant chaponné tout l’éternueur Se tuba fort dépurative quand la bixacée fut verdie : Pas un sexué pétrographique morio de mouflette ou de verrat. Elle alla… Lire la suite »

écrire fait aussi passer les minutes

Après l’avoir écouté avec jubilation lire aux Jeudis de l’Oulipo sa version de « La cimaise et la fraction », je viens de terminer le roman d’Hervé Le Tellier, Je m’attache très facilement (Mille et une nuits, 2007). Le titre est emprunté à Romain Gary et l’histoire, nous dit la quatrième de couverture, est « le récit… Lire la suite »

une immense incertitude

Si les hommes créent ou fantasment des machines intelligentes, c’est parce qu’ils désespèrent secrètement de leur intelligence, ou qu’ils succombent sous le poids d’une intelligence monstrueuse et inutile : ils l’exorcisent alors dans des machines pour pouvoir en jouer et en rire. Confier cette intelligence à des machines nous délivre en quelque sorte de toute prétention… Lire la suite »

être vivant

Personne au fond ne se reconnaît vraiment le droit de vivre. Mais ce verdict de mort reste en général bien au chaud, caché derrière la difficulté de vivre. Si celle-ci parfois est levée, la mort est là soudain, d’une façon inintelligible. (Cool memories, Galilée, 1987) Être vivant, c’est garder la possibilité de mourir. Ce qui… Lire la suite »

super-héros ou dilettante

Écrivain (en 10 leçons) de Philippe Ségur (Buchet Chastel, 2007) est un roman très drôle, qui commence par : Ma vocation d’écrivain est une conséquence directe de mon échec dans la carrière de super-héros. (p. 13) Ma mère m’a beaucoup soutenu dans mes débuts de super-héros. Elle me trouvait beau. Elle me trouvait intelligent. Nous tombions… Lire la suite »

fenêtres nocturnes

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui… Lire la suite »