les trois lapins du pénultième billet
Par cgat le samedi 13 décembre 2008, 00:45 - art - Lien permanent

::: à la demande générale de cairo, voici le tableau d'Andrea Mantegna, La Prière au jardin des oliviers (v1453-1454), d'où sont extraits les trois lapins (il y en a même d'autres à gauche) du pénultième billet : quelqu'un saurait-il pourquoi tous ces lapins dans les tableaux de Mantegna ?
Commentaires
toujours eu prédilection pour les villes qu'il installe dans son arrière-plan, c'est presque de l'Italo Calvino préfiguration... Brigetoun nous apportera bien celui d'Avignon, un des plus magnifiques, celui de Tours est fort aussi : quel pillage
De la symbolique du lapin, version BD http://www.zviane.com/prout/index.p...
La symbolique du lapin... vous savez, un lapin, c'est comme une métaphore de la vie dans toute sa splendeur: c'est le long chemin du long du poil jusqu'au bout des oreilles par-lesquelles ont peut rentrer et qui semblent sans fond, ce sont les palettes qui ne cessent de grandir comme si la vie valait la peine d'être mordue à si belles et blanches dents, c'est le poil sur lequel l'eau glisse comme les intempéries de notre cheminement collectif, et pis c'est ben ben ben le fun à dessiner...
version aztèque
http://membres.lycos.fr/sylvelie/az...
"Le lapin est le signe emblématique du sud. Pour les Aztèques, le sud correspond géographiquement au Plateau central mexicain. c'est une région de haute tradition agricole, de haute pression démographique, un pays de vieille culture où les Aztèques font figure d'envahisseurs tardifs. situé à une latitude tropicale, le Plateau central connaît néanmoins un climat tempéré en raison de son altitude, de l'ordre de 200omètres au-dessus du niveau de la mer. Le régime des précipitations instaure deux saisons assez tranchées, un hiver sec et frais et un été chaud et pluvieux. Le sud dans le pensée mexicaine a donc une valeur changeante. Nous retrouvons naturellement cet aspect fluctuant des influences méridionales dans la personnalité du lapin qui se déplace en sautant d'un côté et de l'autre."
version agro-sciences
http://www.agrobiosciences.org/arti...
"Le lapin, symbole de fécondité, aurait eu pour terre d’origine l’Afrique du Nord ou l’Espagne du Sud. Mais, d’où qu’il vienne, les hommes ont vite découvert le parti qu’ils pouvaient tirer de la viande comme de la peau de ce mammifère rongeur et apeuré.
Au point que Charlemagne décida de la protéger en imposant une forte amende à tout chasseur (au collet) du gentil « oryctolagus ». Longtemps appelé « connin » ou « connil » - ou encore « counil » comme on disait encore en occitan à la maison il y a moins d’un demi-siècle - il fut finalement baptisé « lapin » au XVIè siècle. Au fil du temps son élevage se généralisa dans les clapiers ruraux et demeure une tradition artisanale dans nos campagnes.
Parallèlement, et pour répondre aux besoins nouveaux de la grande consommation comme des nouvelles formes de consommation et de vie citadine, la production s’est fortement rationalisée. La France qui assure 93% de son approvisionnement est le troisième producteur européen de viande de lapin (avec plus de cinquante millions de bêtes) et l’on retrouve parmi les leaders nos deux voisins l’Espagne et l’Italie..."
version ministérielle sur site musée du Louvre
http://www.culture.gouv.fr/culture/...
"Carpaccio met des petits chiens blancs, Mantegna des lapins : Mantegna mangeait du lapin, Carpaccio préférait manger du chien."
cairo s'intéresse beaucoup aux lapins : j'ai déjà reçu de sa part des photos qui en montraient même sur son lieu de travail (c'est dire s'il en voit partout)
Le lapin (le lièvre, plus exactement) est un symbole de Pâques. Or Pâques commémore la résurrection du Christ.
Il me semble que Mantegna annonce tout simplement, avec ces trois lapins, la suite de l'histoire. Là, le Christ prie au jardin des oliviers, à Gethsemani. Il sait quel va être son supplice : les anges lui en montrent les outils. Au loin, les soldats apparaissent déjà, qui viennent le chercher. Les 3 lapins, eux, annoncent donc probablement la future résurrection du Christ. Ils ne sont pas 3 par hasard, puisque Pâques survient le troisième jour après la passion.
C'est une interprétation toute personnelle, bien sûr, et donc sujette à caution. Mais c'est comme ça que je lis ces lapins...
Très convaincante lecture, en tout cas, cher Sébastien.
(et merci Christine pour tous ces Mantegna)
merci à tous pour ce bouquet d'interprétations choisies ! vous ne me décevez jamais !
savez-vous, ms, que le lapin de la BnF a même sa page facebook :
http://www.facebook.com/home.php?#/...
(vous devriez voir au moins la photo)
elle n'est malheureusement plus active (encore une victime de la rgpp, réduction générale des panpan, ai-je affirmé finement !?)
je connaissais le Mantegna de Tours avant l'expo, F, mais je ne crois pas avoir vu celui d'Avignon, qui je crois n'est pas présenté
cgat, merci, mais je ne vois rien sur facebook, malgré votre aimable lien, il faudrait vraiment que j'y aille (la tentation me prend tous les week-ends, quand j'ai un peu de temps pour y penser, mais pas sûre du tout que ce soit pour 2008 - sans compter, comme je le disais ailleurs, que mon nom a déjà servi, et puis ces amis, ces amis, si il y en a trop, ne ne saurai pas quoi en faire, et si il n'y en a pas, je serai vexée comme un pou)
il y a fort peu de risque que vous n'ayiez pas d'"amis" au sens facebookien du terme : j'en ai déjà 181 (en une semaine)
si c'est ce qui vous inquiète il suffit de demander à F (qui a les mêmes initiales que facebook) de partager quelques uns de ses 1404 amis !
quant au fait que vous ayiez des homonymes, une fois entrée dans un réseau ce n'est plus très gênant : on vous reconnait à vos amis, et au lien vers votre site
...reste que, si je m'y amuse beaucoup pour l'instant, et si j'y trouve des informations intéressantes sur les événements littéraires, ou les écrivains, je trouve toujours que cela prend beaucoup de temps
en tout cas il est difficile de se faire une idée de ce qu'est facebook sans y entrer vraiment
... c'est d'ailleurs ce qui continue à me déranger : ce côté club privé est tout à fait contraire à l'idée que je me fait d'internet
merci pour ce retour d'expérience, cgat, j'ai de quoi nourrir ma réflexion de fin de semaine, j'incline à penser que j'irai peut-être a minima, juste poser un lien vers mon site
mais pour ce qui est de la gestion du temps ordi, je suis déjà limite (et au-delà des bornes, même pense-t-on dans mon entourage...)
C'est drole j'ai un ami qui donne une toute autre interprétation à la présence des lapins quelque chose de plus terre à terre peut être la vision d'un quotidien différent...
@ Didier da : C'est amusant, je viens juste de remarquer que "Sous tes yeux" présentait en couverture... des lapins, et uniquement des lapins (mais cinq). Pas de résurrection en perspective, si j'ose dire : les créatures de François Matton sont increvables.
...en passant par Piero di Cosimo :
http://espace-holbein.over-blog.org...
c'est décidément très riche de significations, cette histoire de lapins
à propos de "Sous tes yeux", voir le billet de Didier da :
http://francois-matton.over-blog.co...
il me semble avoir vu passer récemment une couverture avec des lapins vert fluo, mais je ne me souvient plus quel livre elle couvrait
"C'est dans la campagne sans lune, noir total, que j'ai vu pour la première fois le lapin fluo, vert intense dans son champ abandonné, menant sa vie, indifférent à l'idée de son étrangeté, dans un halo brûlant, comme quand on ferme les yeux sur le souvenir de quelqu'un, signal dans la nuit noire, petit point."
Olivier Cadiot, in Retour définitif et durable de l'être aimé - P.O.L, 2002 (p.9)
tout à fait ! c'est sur la version poche du Cadiot, la couverture avec le lapin fluo, merci
Merci cgat pour l'image ; j'ai répondu hier mais j'avais encore des pierres dans mon jardin des orangers et ça n'est pas passé. Je commence la recherche sur les lapins chez Mantegna :cela semble un symbole de fécondité (il y a chez un disciple de Mantegna une Vierge au lapin) fécondité= resurrection ? merci Sébastien pour ton interprétation personnelle.Mais comme on dit que je vois des lapins partout...je pense que mon interprétation, elle, sera confuse
Allez, par souci de précision, et après promis, je ne dis plus un mot sur les lapins : plus que de fécondité au sens contemporain (et humain) du terme, le lapin existe comme symbole de la renaissance de la terre. C'est un héritage païen assez répandu, et qui dure encore : à Pâques, les oeufs que les enfants cherchent dans le jardin, ce sont des lapins qui sont censés les avoir déposés. La symbolique chrétienne s'est réapproprié cette renaissance-là pour signifier métaphoriquement celle du Christ. C'est l'univers de signes dans lequel baignent Mantegna et ses contemporains - en l'occurrence, en matière de renaissance, ils s'y connaissent. Si vous voulez fouiller un peu de ce côté-là, Daniel Arasse est l'auteur d'un texte absolument génial, baptisé "Le regard de l'escargot" (dans "On n'y voit rien"). C'est une annonciation du Cossa qu'il décrypte, et c'est un escargot qui pique sa curiosité. Pas de lapin à l'horizon. Mais ça vaut le détour, si vous ne connaissez pas déjà le texte.
oui, m'interrogeant sur les lapins et me souvenant de l'escargot, j'ai foncé d'abord sur "On n'y voit rien" et "Le détail" de Daniel Arasse : dans "Le détail" il y a des choses intéressantes sur Mantegna, mais rien sur les lapins
et au fait, l'oiseau en haut à droite qui ressemble à un cormoran, est-ce que quelqu'un sait ce qu'il fait là ?
marrant, moi aussi hier j'ai repris un moment Daniel Arasse et quel plaisir toujours
pour l'oiseau, vu que je suis pas trop dans les métaphysiques, me faisait seulement penser à l'Inde, et leur travail de nettoyeurs - sans doute que jusqu'au 19ème siècle on devait être habitué à cette présence-là : la mort à venir ?
Là, spontanément, méfiance. Ce gros oiseau noir s'apparente à un aigle et pourrait donc être un emblème du pouvoir romain.
C'est une thèse plausible parce qu'il regarde le Christ en prière tout en faisant face aux soldats qui approchent, mettant mécaniquement les deux scènes en relation.
Mais cet oiseau devrait aussi se lire par rapport aux deux petits ibis (?) blancs qu'il surplombe. (Le regard y descend directement par l'arbrisseau que Mantegna a justement planté là). Or les ibis ne me disent rien du tout... Bien sûr, on en trouvait probablement beaucoup à Mantoue - région maracageuse à souhait. Mais je ne vois pas ce qu'ils représentent.
Et puis Mantegna n'est pas un peintre approximatif : si son oiseau était un aigle, il aurait ici un sacré cou(p) dans l'aile, non ? Bref, je sèche...
mon hypothèse du cormoran, tout aussi marécageux que l'ibis (et qui passe beaucoup de temps à sécher, lui aussi !) est peut-être à retenir, finalement
quant à F, je vois qu'il préfère les "anticipations de villes avec abstraction", qui sont magnifiques en effet
http://www.tierslivre.net/krnk/spip...
Ibis ? Ibis ? Ils ressemblent plutôt à des aigrettes.
Le comoran, c'est sûr ; ses fientes ont brûlé les feuilles de l'arbre...mais pour le cormoran comme pour les aigrettes, où sont les eaux nourricières au Jardin des Oliviers.
le mystère s'épaissit !
Un premier commentaire ayant filé je ne sais où, je résume. Elle me semble très simple l'explication des lapins. Ils sont les éveilleurs, furtifs petits animaux entre les deux groupes, tournés vers la soldatesque guidée par Judas. Ils doivent réveillés les apôtres endormis, le Christ en prière et le spectateur somnolent. Ils sont d'ailleurs au pied d'une diagonale séparant le calme du jardin de la violence des soldats, diagonale dont les anges sont la tête, le Christ le centre et les lapins le pied ce qui nous attache à la terre. Enfin c'est mon interprétation.